Alcool en MG Repérer · sevrer · maintenir

Aide à la décision · Addictions · alcool

L’alcool, du repérage au maintien

Repérer tous les usages, proposer une intervention brève, encadrer un sevrage ambulatoire quand il est possible, puis accompagner le maintien (arrêt ou réduction, au choix du patient). Recommandations françaises à jour, calculateurs et fiche à remettre au patient.

Pour les médecins généralistes et internesHAS 2021, 2023, 2025 · SFA 2023 · ANSM 2021 · sources sous chaque ficheRévision : 28 septembre 2026

Urgence15 delirium, convulsions0 980 980 930 Alcool Info Service

01 · Repérer

Repères et verre standard

Repères de consommation : des repères épidémiologiques, pas un seuil d’innocuité : il n’existe pas de consommation sans risque.

Les repères (Santé publique France, INCa)

  • Maximum 10 verres standard par semaine ;
  • maximum 2 verres standard par jour ;
  • des jours dans la semaine sans consommation.

Ils s’adressent aux adultes en bonne santé, hommes et femmes12. La HAS les traduit par « 2 verres maximum par jour avec au moins 2 jours d’abstinence, soit 10 verres par semaine »3.

Zéro alcool : l’option la plus sûre

  • Projet de grossesse, grossesse, allaitement : aucune dose n’est sûre ;
  • jeunes et adolescents ;
  • conduite, machines, sports à risque ;
  • certains médicaments (psychotropes, antalgiques opioïdes, antihistaminiques…) ;
  • maladies chroniques (foie, cœur, troubles psychiatriques) ; sujet âgé : seuils plus bas.

Alcoolisation ponctuelle importante (API, « binge drinking ») : 6 verres standard ou plus par occasion, souvent en moins de 2 heures : risque immédiat de coma, d’accident, de violences (y compris sexuelles)34. Mélange alcool + médicaments ou autres drogues : risque vital.

Le verre standard : 10 g d’alcool pur

Formule : volume (cL) × degré (%) × 0,008 = nombre de verres standard (unités d’alcool, UA). Un verre servi au café contient à peu près la même quantité d’alcool quelle que soit la boisson ; à la maison on se sert souvent 2 à 3 fois plus. Le calculateur est dans l’onglet Scores.

BoissonVolumeDegréVerres standard
Bière standard (demi)25 cL5°1
Bière forte, IPA25 cL8°1,6
Canette de bière forte50 cL8°3,2
Vin (verre de restaurant)10 cL12–13°≈ 1
Grand verre de vin « maison »20 cL13°2
Champagne, prosecco10 cL12°1
Whisky, rhum, vodka3 cL40°≈ 1
Pastis (verre plein)5 cL45°1,8
Cocktail « long drink »20 cL10°1,6

Pièges fréquents : la canette de 50 cL à 8° (3,2 verres, pas 1) et le grand verre de vin de 20 cL (2 verres).

Sources

  1. Santé publique France, INCa. Avis d’experts relatif à l’évolution du discours public en matière de consommation d’alcool en France, 2017 — repris dans SFA, Mésusage de l’alcool, version actualisée 2023, PDF p. 12 : sfalcoologie.fr
  2. Santé publique France, Alcool : santepubliquefrance.fr
  3. HAS. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool, juillet 2023, p. 5 (note 7 et 8) : has-sante.fr
  4. HAS. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte, mise à jour 2021, fiche 1b : has-sante.fr
02 · Repérer

Repérage : poser la question à tous

Au moins une fois par an, et à chaque moment opportun : grossesse ou projet, précarité, conduite, poste de sécurité, stress, changement de vie (retraite, divorce, deuil)1.

Trois questions de consommation déclarée

  • Combien de verres standard par jour ? (risque si > 2)
  • Combien par semaine ? (risque si > 10)
  • Combien de jours sans alcool par semaine ? (risque si < 2)

Plus la consommation est précoce, intense, régulière, associée à d’autres substances et solitaire, plus le risque de dommages augmente1.

Puis un questionnaire

OutilModeSeuils
FACE (5 questions, /20) — outil de la HAS pour le RPIBPosé par le soignantRisque faible : H < 5, F < 4 · consommation excessive probable : H 5–8, F 4–8 · dépendance probable : > 8
AUDIT-C (3 questions, /12) — en complément, libre d’usage (OMS)Auto-questionnaire possible (salle d’attente)Repérage positif : H ≥ 4, F ≥ 3 · usage problématique, dépendance probable : > 10
AUDIT complet (10 questions, /40)Auto-questionnairePour approfondir un AUDIT-C positif2

Les deux calculateurs, avec leur fiche « Validité et utilité », sont dans l’onglet Scores.

La biologie : pour le suivi, pas pour le repérage

MarqueurS’élève aprèsNormalisationPerformances
Gamma-GT≈ 2 semaines de consommation > 60 g/j (peu sensible avant 30 ans)Baisse de moitié tous les 15 jours environSpécificité ≈ 60 % (obésité, diabète, inducteurs, cholestase)
CDT≥ 60 g/j pendant au moins 10 joursDemi-vie ≈ 15 joursSpécificité 80–90 % ; coût élevé
VGM≈ 2 mois de consommation excessive≈ 3 mois après réductionSensibilité 30–40 %, spécificité ≈ 90 % ; GGT + VGM : sensibilité 70–80 %

Aucun marqueur n’indique la sévérité ; ils servent au suivi et à ouvrir le dialogue avec un patient ambivalent, sans devenir l’enjeu de la relation3. Chez un patient avec mésusage : NFS, TP, ASAT, ALAT, GGT au début de la prise en charge puis au moins une fois par an3.

Sources

  1. HAS. Outil d’aide au repérage précoce et intervention brève : alcool, cannabis, tabac chez l’adulte, 2014, mise à jour 2021 (fiches 1a, 1b) : fiche outil (PDF)
  2. HAS. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool, 2023, p. 17–18 (AUDIT-C et FACE) : has-sante.fr ; OFDT, glossaire AUDIT : ofdt.fr
  3. SFA. Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement, version actualisée juin 2023, PDF p. 25 et 95–96 : sfalcoologie.fr
03 · Repérer

L’intervention brève : 5 à 20 minutes

Posture partenariale, sans jugement. Le patient choisit son objectif ; la réduction est un objectif légitime.

Le déroulé (HAS)

  1. Restituer les résultats du questionnaire.
  2. Informer sur les risques, et évaluer avec le patient ses risques personnels et situationnels.
  3. Identifier ses représentations et ses attentes ; échanger sur l’intérêt personnel de réduire ou d’arrêter.
  4. Expliquer les méthodes pour réduire ou arrêter ; proposer des objectifs et laisser le choix.
  5. Évaluer motivation, bon moment et confiance (3 échelles de 0 à 10).
  6. Proposer de réévaluer lors d’une autre consultation ; remettre une brochure ou orienter (site, application, association).

D’après la HAS, fiche 2 de l’outil RPIB1.

Ce qu’on peut en attendre

  • −20 g d’alcool par semaine à un an (IC 95 % −28 à −12), soit environ 2 verres de moins par semaine, par rapport à une intervention minimale ou nulle (Cochrane 2018, 34 essais, 15 197 participants, certitude modérée ; surtout en médecine générale)2.
  • Peu d’effet sur la fréquence des alcoolisations massives ; une intervention plus longue n’apporte pas plus2.
  • L’entretien motivationnel est la technique de référence de l’intervention brève et de l’accompagnement3.

Phrases utiles

  • « Puis-je vous poser quelques questions sur l’alcool ? Je les pose à tous mes patients. »
  • « Sur une échelle de 0 à 10, à quel point est-ce important pour vous de changer ? Pourquoi pas un chiffre plus bas ? »
  • « Qu’est-ce qui serait le plus facile pour commencer : des jours sans, des verres plus petits, un autre moment ? »
  • « Si vous le souhaitez, on en reparle à la prochaine consultation. »

Sources

  1. HAS. Outil d’aide au RPIB, mise à jour 2021, fiche 2 : has-sante.fr
  2. Kaner EF et al. Effectiveness of brief alcohol interventions in primary care populations. Cochrane Database Syst Rev 2018;2:CD004148. doi:10.1002/14651858.CD004148.pub4
  3. HAS. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool, 2023 : has-sante.fr
04 · Repérer

Niveaux d’usage et trouble de l’usage

Les difficultés s’installent progressivement, souvent sans que la personne s’en rende compte : chaque niveau appelle une réponse adaptée.

Usage à risque

Au-delà des repères, sans dommage visible encore : plus de 10 verres par semaine, plus de 2 par jour, consommation solitaire, boire pour gérer ses émotions.

→ Intervention brève.

Usage nocif

Dommages réels (santé, travail, famille) sans dépendance : trous de mémoire, conflits répétés, absences au travail, échecs de réduction.

→ Accompagnement médical et psychologique.

Dépendance

Craving, augmentation des doses, tremblements, sueurs et anxiété à l’arrêt, consommation dès le matin, vie organisée autour de l’alcool.

→ Suivi médical indispensable ; ne jamais arrêter brutalement sans encadrement.

Trouble de l’usage de l’alcool (DSM-5) : 11 critères sur 12 mois

  1. Consommation plus importante ou plus longue que prévu.
  2. Désir persistant ou efforts infructueux pour réduire.
  3. Beaucoup de temps passé à se procurer l’alcool, consommer, récupérer.
  4. Craving.
  5. Échec à remplir ses obligations (travail, école, maison).
  6. Poursuite malgré des problèmes relationnels.
  7. Abandon d’activités sociales, professionnelles ou de loisirs.
  8. Usage dans des situations physiquement dangereuses.
  9. Poursuite malgré un problème physique ou psychique aggravé par l’alcool.
  10. Tolérance.
  11. Sevrage (syndrome caractéristique, ou alcool pris pour le soulager).

2 à 3 critères : léger · 4 à 5 : modéré · 6 ou plus : sévère. Critères rappelés par la HAS (2023)1.

Sources

  1. HAS. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool, 2023 (critères du trouble de l’usage) : has-sante.fr ; American Psychiatric Association, DSM-5, 2013.
  2. Niveaux d’usage : contenu de la fiche d’origine (2025), reformulé pour les soignants.
05 · Repérer

Risques pour la santé et chiffres clés

La 2ᵉ cause de mortalité évitable en France, après le tabac.

41 000décès attribuables à l’alcool par an en France (estimation 2015)1
2ᵉcause de mortalité évitable, après le tabac1
0dose sans risque : le risque augmente dès le premier verre (OMS 2023)2

Foie et appareil digestif

  • Stéatose (réversible à l’arrêt), hépatite alcoolique, cirrhose.
  • Cancers : bouche, pharynx, larynx, œsophage, estomac, côlon-rectum, foie ; sein chez la femme.
  • Pancréatite.

Cœur et vaisseaux

  • Hypertension artérielle.
  • Cardiomyopathie, insuffisance cardiaque.
  • AVC ; troubles du rythme (fibrillation atriale).

Cerveau et nerfs

  • Troubles de la mémoire et de la concentration.
  • Encéphalopathie de Gayet-Wernicke, syndrome de Korsakoff.
  • Neuropathie périphérique ; crises convulsives, surtout au sevrage.

Santé mentale et vie sociale

  • Dépression, anxiété, sommeil non réparateur.
  • Risque suicidaire nettement augmenté.
  • Accidents de la route, violences, dont conjugales3.

Sources

  1. Bonaldi C, Hill C. La mortalité attribuable à l’alcool en France en 2015. Bull Épidémiol Hebd 2019;(5-6):97-108 ; Santé publique France, Alcool : santepubliquefrance.fr
  2. OMS Europe. No level of alcohol consumption is safe for our health, 2023 : who.int
  3. HAS. Accompagner dès le premier recours pour diminuer le risque alcool des femmes, 2025 (liens entre violences et alcool) : has-sante.fr
06 · Sevrer

Sevrage ambulatoire ou résidentiel ?

Le sevrage ambulatoire est à privilégier en dehors des indications résidentielles ; le résidentiel ne concerne que 10 à 30 % des sevrages1.

Sevrage résidentiel (hospitalier) indiqué

  • Delirium ou crises comitiales au moment de l’évaluation ;
  • antécédent de delirium tremens ou de crise convulsive ;
  • consommation associée d’autres substances à doses élevées, notamment benzodiazépines quotidiennes, anciennes, à fortes doses ;
  • contre-indication aux benzodiazépines avec risque de syndrome de sevrage (insuffisance respiratoire chronique, cirrhose décompensée avec ascite, ictère ou TP < 50 %, obésité, sujet âgé…) : hospitalisation fortement recommandée (SFA 2023, recommandation 7.15).

À discuter au cas par cas

  • Syndrome de sevrage important, échecs répétés de sevrages ambulatoires ;
  • comorbidité somatique ou psychiatrique sévère ou instable, fragilité liée à l’âge ;
  • faible soutien social, situation précaire, demande pressante de l’entourage ;
  • grossesse.

SFA 2023, PDF p. 52–53 ; recommandation 7.15, PDF p. 451.

Sevrage ambulatoire : les conditions

  • Patient informé et volontaire, déroulé expliqué (meilleure gestion du sevrage).
  • Suivi clinique rapproché (médecin traitant, infirmier, pharmacien), idéalement quotidien les premiers jours ; un proche présent.
  • Arrêt du tabac proposé en même temps ; organisation de l’après-sevrage dès le départ.
  • Un sevrage peut être différé le temps de réunir de bonnes conditions.
  • Le traitement médicamenteux n’est pas systématique : le syndrome de sevrage est loin d’être constant, même chez les personnes dépendantes1.

Les signes de sevrage à reconnaître

Dans les 6 à 24 h après le dernier verre : tremblements, sueurs, tachycardie, HTA, anxiété, insomnie, nausées. Complications : crise convulsive (surtout 12–48 h), hallucinations, delirium tremens (souvent 48–72 h ; confusion, agitation, fièvre) : urgence (15). Suivre l’intensité avec l’index de Cushman ou la CIWA-Ar.

Sources

  1. SFA. Mésusage de l’alcool : dépistage, diagnostic et traitement, version actualisée juin 2023, PDF p. 52–53 et p. 45 (recommandation 7.15) : sfalcoologie.fr ; Rolland B et al. CNS Neurosci Ther 2016;22:25-37, doi:10.1111/cns.12489 (version anglaise 2015, grade B).
  2. ANAES, SFA. Conférence de consensus : objectifs, indications et modalités du sevrage du patient alcoolodépendant, 1999 (liste de la fiche d’origine, remplacée).
07 · Sevrer

Benzodiazépines : diazépam en première intention

Posologie adaptée à la sévérité et à l’évolution des signes ; durée normalement inférieure à une semaine1.

Deux schémas à dose fixe dégressive (ambulatoire)

  • Diazépam 10 mg, 2 à 4 comprimés par jour pendant 2 à 3 jours, puis réduction en 4 à 7 jours et arrêt ;
  • ou 6 comprimés de 10 mg le 1er jour, puis un comprimé de moins chaque jour jusqu’à l’arrêt.

Dose d’attaque selon la clinique : symptômes présents, sevrages antérieurs, délai entre le lever et le premier verre, importance et régularité de la consommation. Objectif : 5 à 10 jours de traitement1.

Prescription guidée par les symptômes (chaque prise soumise au score de Cushman ou CIWA-Ar) : doses totales moindres, mais évaluation pluriquotidienne, plutôt en résidentiel1.

Précautions

  • Délivrance fractionnée, doses limitées à domicile ; un proche peut superviser les prises.
  • Réduire les doses chez l’adolescent et le sujet âgé (−30 à 50 %, SFA 2015) ; BZD à demi-vie courte chez le sujet âgé.
  • Contre-indication aux BZD (insuffisance respiratoire chronique, cirrhose décompensée avec ascite, ictère ou TP < 50 %, obésité, sujet âgé…) et risque de syndrome de sevrage : hospitalisation fortement recommandée (recommandation 7.15) ; BZD selon un protocole guidé par les symptômes, uniquement sur signes patents de sevrage, après réévaluation de chaque prise.
  • Insuffisance hépatocellulaire sévère : pas de BZD en prise systématique ; seulement sur signes patents, doses adaptées aux symptômes, surveillance pluriquotidienne. L’oxazépam, longtemps conseillé, ne supprime pas le risque d’accumulation et protège moins des convulsions1.
  • Oxazépam utilisable avec précaution si traumatisme crânien récent, troubles respiratoires, obésité morbide.
  • Traitement de substitution opiacé associé : surveillance cardiorespiratoire, notamment la nuit.
  • Au-delà d’une semaine seulement si symptômes persistants, accident de sevrage ou dépendance aux BZD ; jamais plus de 4 semaines, décroissance comprise (grade C)1.

Sources

  1. SFA. Mésusage de l’alcool, version actualisée juin 2023, PDF p. 38–39 et 45 (recommandations 7.12 à 7.18) : sfalcoologie.fr ; Rolland 2016, doi:10.1111/cns.12489
08 · Sevrer

Thiamine, vitamines et surveillance

Tout patient qui débute un sevrage reçoit de la thiamine (vitamine B1).

Thiamine (SFA 2023)

SituationSchéma proposé en France
Prophylaxie, pas de malnutrition500 mg/j per os pendant 5 jours, puis 250 mg/j environ 2 semaines
Carence, malnutrition, forte consommation, troubles cognitifs, maladie du foie500 mg/j par voie parentérale (en 2 fois) pendant 5 jours, puis relais per os jusqu’à alimentation équilibrée
Perfusion de glucose nécessaire500 mg IV dans 100 mL de NaCl 0,9 % sur 30 min avant le glucose
Suspicion de Gayet-WernickeTraitement curatif à forte dose IV : 1 g/j pendant 5 jours puis relais oral ; triade complète dans 10 % des cas seulement

Preuves faibles sur la dose et la durée : schémas indicatifs d’experts1.

Autres vitamines, hydratation

  • Chez le patient dénutri : vitamines B6, PP, C, acide folique, zinc, magnésium quelques jours.
  • Vitamine B6 : pas au-delà d’un mois (neurotoxicité ; repère américain 100 mg/j maximum)1.
  • Grossesse avec consommation importante : acide folique.
  • Hydratation orale suffisante (eau, pas de boissons excitantes en excès).

Surveillance en ambulatoire

  • Consultation ou passage infirmier quotidien les premiers jours : pouls, PA, température, tremblements, sueurs, sommeil, confusion ; index de Cushman pour objectiver.
  • Score ≥ 15, confusion, hallucinations non critiquées, convulsion, fièvre : hospitalisation (15).
  • Index de Cushman inutilisable si fièvre > 38 °C ou sous bêtabloquant.
  • Bilan à l’entrée : NFS, TP, transaminases, GGT ; ionogramme, glycémie selon la clinique1.

Sources

  1. SFA. Mésusage de l’alcool, version actualisée juin 2023, PDF p. 25 (bilan), 40–41 (thiamine, autres vitamines) : sfalcoologie.fr
09 · Maintenir

Objectif du patient et suivi

Abstinence ou réduction : l’objectif se décide avec le patient. La HAS recommande d’accompagner chaque personne à diminuer son risque, sans contraindre l’arrêt.

Co-construire l’objectif

  • Abstinence, réduction progressive, jours sans alcool : tous sont des objectifs valables ; l’abstinence est recommandée en cas de complication somatique liée à l’alcool (SFA)1.
  • Réduction des risques et des dommages : renoncer aux verres « superflus », alterner avec des boissons sans alcool, manger en buvant, ne pas conduire2.
  • S’appuyer sur le réseau : CSAPA, consultations jeunes consommateurs, ELSA, associations d’entraide, CPTS.

Rythme de suivi

  • Consultations rapprochées au début, puis espacées ; FACE ou AUDIT-C et consommation déclarée à chaque étape.
  • Biologie (GGT, CDT, VGM) pour objectiver l’évolution, sans en faire l’enjeu de la relation.
  • Antidépresseur ou anxiolytique seulement après réévaluation psychiatrique à 2–4 semaines d’abstinence ou de consommation à faible risque (grade B)1.

Sources

  1. Rolland B et al. Pharmacotherapy for Alcohol Dependence: the 2015 recommendations of the French Alcohol Society. CNS Neurosci Ther 2016;22:25-37, doi:10.1111/cns.12489 ; SFA 2023 : sfalcoologie.fr
  2. HAS. Agir en premier recours pour diminuer le risque alcool, 2023 (réduction des risques) : has-sante.fr
10 · Maintenir

Médicaments du maintien : tableau comparatif

Toujours associés à un accompagnement psychosocial. En première intention : acamprosate ou naltrexone pour l’abstinence, nalméfène pour la réduction (SFA).

Objectif
MoléculeObjectif, placePosologieEfficacitéEffets indésirables, contre-indicationsRemboursement (BDPM, 09/2026)
AcamprosateAotal® et génériques, 333 mgMaintien de l’abstinence après sevrage ; 1re intention (grade A)Dès que possible après le sevrage : < 60 kg 1 332 mg/j (4 cp), ≥ 60 kg 1 998 mg/j (6 cp), en 3 prises ; 1 an (AMM), plus si bénéficeNNT 12pour éviter une reprise de toute consommation (IC 95 % 8–26), Jonas 2014Diarrhée, anxiété, vomissements ; insuffisance rénale (voir RCP)65 %
Naltrexone50 mg, génériquesAprès sevrage ; réduit reprises, craving et jours de forte consommation ; 1re intention (grade A)25 puis 50 mg/j en une prise ; 3 mois (AMM), jusqu’à 6 mois ou plus si bénéficeNNT 20pour éviter toute reprise (IC 11–500) ; NNT 12 pour éviter une reprise de consommation massive (Jonas 2014)Nausées, vertiges, vomissements ; CI : opioïdes (licites ou non), insuffisance hépatique ou rénale sévère ; NNH 48 (arrêt pour effet indésirable)65 %
NalméfèneSelincro® 18 mgRéduction chez le patient dépendant à consommation à risque élevé (> 60 g/j homme, > 40 g/j femme) sans signe de sevrage (HAS 2021)1 cp à la demande, les jours où une consommation est anticipée, 1 à 2 h avant ; 1 cp/j au maximum−2jours de forte consommation par mois (IC −3 à −1), Jonas 2014 ; SMR modéré (HAS 2021)Nausées, vertiges, insomnie ; NNH 12 (arrêt pour effet indésirable) ; CI : opioïdes30 %
DisulfirameEspéral® 500 mgPatient motivé qui souhaite l’abstinence aidé par ce traitement ; 2e intention (accord d’experts)250 à 500 mg/j en une prise, au moins 24 h après le dernier verre ; prise superviséenon estimableEfficacité surtout en prise supervisée ; pas de NNT fiable en essais en aveugleEffet antabuse (toute source d’alcool : aliments, médicaments, parfums, après-rasage ; jusqu’à 2 semaines après l’arrêt) ; hépatotoxicité sévère (hépatites parfois fulminantes, greffe, décès) : transaminases avant le traitement puis au moins une fois par mois les 3 premiers mois ; asthénie, anorexie, nausées, vomissements, douleurs abdominales ou ictère : consultation, examen et bilan hépatique immédiats ; arrêt définitif si transaminases > 3 N. Troubles psychiatriques (confusion, hallucinations), neuropathie. CI (RCP) : insuffisance hépatique sévère, insuffisance rénale, insuffisance respiratoire sévère, diabète, atteintes neuropsychiques, épilepsie, atteinte cardiovasculaire, alcool ou médicament contenant de l’alcool depuis moins de 24 h, hypersensibilité. Déconseillé : grossesse, allaitement ; métronidazole, isoniazide, phénytoïne665 %
BaclofèneBaclocur® 10–40 mg ; Baclofène Zentiva®Réduction de consommation, après échec des autres traitements, adulte (AMM 2018) ; SFA : tout médecin peut prescrire ; RCP Baclocur : prescrit de préférence par un médecin expérimenté en addictologieDébut 15 à 20 mg/j en 2 à 4 prises pendant 3 jours, puis +10 mg tous les 3 à 4 jours ; dose efficace la plus faible ; avis addictologique pluridisciplinaire si objectif non atteint à 80 mg/j ; 300 mg/j au maximum (ANSM 2021). Insuffisance rénale : doses réduites d’un tiers (clairance 50–80 mL/min), de moitié (30–50), des deux tiers (< 30)7RR 0,87risque de rechute vs placebo (0,77–0,99 ; certitude modérée), +9 % de jours d’abstinence (Cochrane 2023)Somnolence, fatigue, vertiges, troubles digestifs ; risque suicidaire : consultation psychiatrique avant et pendant le traitement en cas de trouble psychiatrique présent ou passé, arrêt si idées suicidaires ; apnées du sommeil ; dépression respiratoire avec les autres sédatifs ; à éviter chez le sujet âgé fragile (SFA) ; arrêt progressif (convulsions, delirium au sevrage rapide)7Baclocur 15 % ; Baclofène Zentiva 30 %

NNT = nombre de patients à traiter pour éviter un événement ; NNH = nombre pour qu’un patient arrête le traitement à cause d’un effet indésirable. Arrêter acamprosate ou naltrexone après 4 à 6 semaines si la consommation persiste (accord d’experts, SFA). Aucun médicament du maintien ne s’initie pendant la grossesse ou l’allaitement (SFA).

Sources

  1. Jonas DE et al. Pharmacotherapy for adults with alcohol use disorders in outpatient settings: a systematic review and meta-analysis. JAMA 2014;311:1889-900. doi:10.1001/jama.2014.3628
  2. SFA. Mésusage de l’alcool, version actualisée juin 2023, PDF p. 41–43 et 45–46 : sfalcoologie.fr
  3. Agabio R et al. Baclofen for the treatment of alcohol use disorder. Cochrane Database Syst Rev 2023;1:CD012557. doi:10.1002/14651858.CD012557.pub3
  4. HAS. Selincro (nalméfène), réévaluation, avis du 24 mars 2021 : has-sante.fr
  5. Base de données publique des médicaments, fichiers CIS et CIS_CIP téléchargés le 28/09/2026 (commercialisation, taux de remboursement) : base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  6. RCP Espéral 500 mg (disulfirame), ANSM, mis à jour le 28/05/2025, rubriques 4.3, 4.4 et 4.8 : base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  7. RCP Baclocur (baclofène), ANSM, mis à jour le 31/03/2025, rubriques 4.2, 4.4 et 4.5 : base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
11 · Maintenir

Baclofène : les règles depuis 2021

Plus de plafond à 80 mg/j depuis la décision de l’ANSM du 18 novembre 2021, mais un encadrement renforcé au-delà.

Prescrire

  1. Indication : réduction de consommation chez l’adulte dépendant à consommation à risque élevé, après échec des autres traitements, en complément d’un suivi psychosocial. Qui prescrit : tout médecin (SFA)3 ; le RCP Baclocur précise « prescrit de préférence par un médecin expérimenté en addictologie »4.
  2. Avant de commencer : rechercher un trouble psychiatrique présent ou passé (idées suicidaires, épisode dépressif, tentative de suicide) : consultation psychiatrique avant et pendant le traitement ; fonction rénale ; risque d’apnées du sommeil ; autres sédatifs (opioïdes, benzodiazépines, hypnotiques, antidépresseurs sédatifs…) ; sujet âgé fragile : baclofène à éviter (SFA)3.
  3. Informer : effets sédatifs, conduite, association avec l’alcool et les autres sédatifs ; signaler immédiatement tout trouble de l’humeur ou idée suicidaire (patient et entourage).
  4. Débuter à 15 à 20 mg/j en 2 à 4 prises pendant 3 jours, puis augmenter par paliers de 10 mg tous les 3 à 4 jours jusqu’à la dose efficace la plus faible bien tolérée ; évaluer efficacité et tolérance à chaque palier4.
  5. Insuffisance rénale : réduire les doses d’un tiers (clairance 50–80 mL/min), de moitié (30–50 mL/min), des deux tiers (< 30 mL/min, patient non dialysé), et surveiller la tolérance (accumulation)4.
  6. Objectif non atteint à 80 mg/j : proposer une évaluation et une prise en charge pluridisciplinaire spécialisée en addictologie.
  7. Ne jamais dépasser 300 mg/j (aucune donnée au-delà).
  8. Idées ou comportements suicidaires, symptômes psychiatriques nouveaux ou aggravés : arrêter le baclofène (RCP)4.
  9. Arrêt toujours progressif, sur 2 à 3 semaines.

Garder en tête

  • Efficacité discordante selon les méta-analyses ; effet modeste (Cochrane 2023 : rechute RR 0,87)2.
  • Une étude pharmaco-épidémiologique (controversée) suggère plus d’hospitalisations et de décès au-delà de 80 mg/j3.
  • En l’absence de bénéfice après titration, réduire progressivement puis arrêter, et chercher une autre stratégie.

Sources

  1. ANSM. Alcoolo-dépendance : nouvelles recommandations posologiques du baclofène, 18/11/2021 : ansm.sante.fr
  2. Agabio R et al. Cochrane 2023;1:CD012557, doi:10.1002/14651858.CD012557.pub3
  3. SFA. Mésusage de l’alcool, version actualisée juin 2023, PDF p. 43 (« peut être prescrit par tout médecin ») et p. 68 (sujet âgé fragile) : sfalcoologie.fr
  4. RCP Baclocur (baclofène), ANSM, mis à jour le 31/03/2025, rubriques 4.2 (posologie, insuffisance rénale), 4.4 (troubles psychiatriques, apnées du sommeil) et 4.5 (sédatifs) : base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
12 · Maintenir

Psychothérapies et soutien

Validées, souvent plus accessibles qu’on ne le pense ; à proposer à chaque étape.

Entretien motivationnel

Aider le patient à trouver ses propres raisons de changer, à partir de ses valeurs, sans pression. Dès la première consultation, par le médecin ou le psychologue.

Thérapies cognitives et comportementales

Repérer les pensées et situations qui poussent à boire, développer des réponses alternatives. 12 à 20 séances, individuelles ou en groupe. Séances de psychologue remboursées (Mon soutien psy).

Renforcement communautaire (CRA, CRAFT)

Reconstruire une vie satisfaisante sans alcool (famille, travail, loisirs) ; la version CRAFT implique les proches. Proposé dans certains CSAPA ; en France, associé à la prise supervisée de disulfirame (SFA).

Prévention de la rechute par la pleine conscience

Observer l’envie sans y céder. Essai randomisé (Bowen 2014) : à 12 mois, moins de jours de consommation et de consommation massive qu’avec le traitement habituel1.

Entraide et pairs

Alcooliques anonymes, Vie Libre, Alcool Assistance, Al-Anon (proches) ; forums de patients-experts (Addict’Aide).

Sources

  1. Bowen S et al. Relative efficacy of mindfulness-based relapse prevention, standard relapse prevention, and treatment as usual for substance use disorders. JAMA Psychiatry 2014;71:547-56. doi:10.1001/jamapsychiatry.2013.4546
  2. SFA. Mésusage de l’alcool, version actualisée 2023 (interventions psychosociales, renforcement communautaire) : sfalcoologie.fr ; Assurance maladie, Mon soutien psy : ameli.fr
13 · Maintenir

La rechute : une étape, pas un échec

« La rechute est davantage la règle que l’exception, et chaque rechute rapproche le thérapeute et le patient du succès consolidé » (HAS, outil RPIB).

Que faire ?

  1. Déculpabiliser : la culpabilité pousse à reboire ; parler d’« essai », pas d’échec.
  2. Reprendre le fil rapidement : consultation, CSAPA.
  3. Analyser le déclencheur (émotion, contexte, personne).
  4. Adapter le plan et l’objectif avec le patient.
  5. Reprendre ou changer le traitement s’il avait été arrêté.
  6. Réévaluer le risque de sevrage avant un nouvel arrêt.

Message au patient

« Comme dans toutes les maladies chroniques, les rechutes font partie du parcours. Elles n’effacent pas les progrès. Revenez me voir sans attendre. »

Sources

  1. HAS. Outil d’aide au RPIB, mise à jour 2021, fiche 3 (accompagnement) : has-sante.fr
14 · Situations

Femmes, grossesse et secret professionnel

À consommation égale, le risque de morbi-mortalité est plus élevé chez la femme ; la consommation est sous-repérée (HAS 2025).

Repérer chez toutes les femmes, à toutes les étapes

  • Toxicité plus forte et plus précoce (foie, cerveau), cancer du sein, dépression périnatale, exposition aux violences.
  • Zéro alcool dès le projet de grossesse ou l’arrêt de la contraception ; toute réduction, à tout moment, reste bénéfique.
  • Posture : déculpabiliser, dialogue non stigmatisant ; tenir compte de la consommation du partenaire.
  • Grossesse : intervention brève, orientation précoce (CSAPA, maternité, addictologie de liaison) ; si sevrage nécessaire, BZD recommandées (grade B), pas d’autre médicament initié ; disulfirame toujours arrêté2.

Secret professionnel

L’usage d’alcool, y compris un trouble de l’usage sévère, ne constitue pas en soi et à lui seul une situation de levée du secret, d’information préoccupante, de signalement ou de mesure de protection juridique (y compris pour les droits parentaux).

La levée du secret relève d’une évaluation globale et de situations exceptionnelles encadrées par la loi : mineur en danger grave et immédiat, violences conjugales avec danger vital immédiat et emprise, soins sans consentement, mesure de protection d’un majeur dont les facultés sont altérées1.

Garantir ce secret libère la parole.

Sources

  1. HAS. Accompagner dès le premier recours pour diminuer le risque alcool des femmes, février 2025 ; fiche 12 « La garantie du respect du secret professionnel en matière d’usages d’alcool », p. 1–2 : has-sante.fr
  2. Rolland 2016 (recommandations SFA 2015), doi:10.1111/cns.12489 ; SFA 2023 : sfalcoologie.fr
15 · Situations

Jeunes et sujets âgés

Deux âges où l’alcool est souvent banalisé, et les repères plus stricts.

Jeunes

  • L’option la plus sûre est de ne pas boire ; toute consommation régulière avant 25 ans est à risque (HAS).
  • Alcoolisations ponctuelles importantes : risque de coma, d’accident, de violences sexuelles.
  • Consultations jeunes consommateurs (CJC), anonymes et gratuites.
  • Médicaments du maintien hors AMM avant 18 ans : au cas par cas après échec des mesures psychosociales (SFA)1.

Sujets âgés

  • Consommation souvent non perçue comme excessive ; chutes, troubles cognitifs, interactions médicamenteuses.
  • Sevrage : BZD à demi-vie courte, doses initiales réduites de 30 à 50 % (SFA)1.
  • Fragilité liée à l’âge : discuter un sevrage résidentiel.

Sources

  1. Rolland 2016, doi:10.1111/cns.12489 ; HAS, outil RPIB 2021 (situations particulières) : has-sante.fr
16 · Situations

Tabac et autres co-addictions

Proposer l’arrêt du tabac à tout fumeur pris en charge pour l’alcool (grade B)1.

  • L’alcool est un déclencheur majeur de rechute tabagique ; le sevrage combiné est proposé et encouragé : voir la page Tabac.
  • Cannabis : questionnaire CAST de la HAS (6 questions ; 2 réponses positives : intervention brève ; 3 ou plus : consultation d’addictologie)2.
  • Benzodiazépines au long cours : sevrage des BZD dans un second temps, après l’alcool.
  • Opioïdes (y compris traitement de substitution) : naltrexone et nalméfène contre-indiqués.

Sources

  1. Rolland 2016, doi:10.1111/cns.12489 ; SFA 2023, PDF p. 52.
  2. HAS. Outil d’aide au RPIB, mise à jour 2021, fiche 1b (CAST) : has-sante.fr
17 · Scores

Calculateurs

Repérage, sevrage, consommation. Le score se calcule à chaque réponse ; le résultat s’affiche dans le panneau (à droite sur ordinateur, en bas sur téléphone), prêt à copier dans le dossier. Rien n’est enregistré.

🔒 Rien n’est envoyé sur internet : tout le calcul se fait sur votre appareil. Aucune réponse n’est enregistrée — seules vos préférences d’affichage (taille du texte, contraste) restent sur cet appareil.

FACE

Formule pour approcher la consommation d’alcool par entretien : 5 questions posées par le soignant, sur les 12 derniers mois pour les deux premières. Poser sans reformuler ; en cas d’hésitation, proposer les réponses.

Validité et utilité
À quoi il sert
Repérer le mésusage d’alcool en médecine générale et le classer en 3 niveaux (risque faible, consommation excessive probable, dépendance probable) pour choisir entre renforcement, intervention brève et orientation.
Validé chez
564 patients adultes de 41 médecins généralistes volontaires en France ; référence : évaluation par un addictologue selon le DSM-IV (Dewost 2006). Items : 2 de l’AUDIT, 2 du CAGE, 1 du TWEAK.
Performance
Selon le diagnostic visé : sensibilité 75 à 88 %, spécificité 74 à 96 % (Dewost 2006).
Limites
Une seule étude de validation, par l’équipe qui a conçu l’outil ; performances par sexe et par seuil peu détaillées ; données déclaratives. Spécificité discutée en population générale (rapport HAS 2014).
Recommandé par
HAS 2021 (outil RPIB) et HAS 2023 : outil de repérage retenu pour la médecine générale en France.
Sources

Source : HAS 2021 (questions et seuils selon le sexe) ; questionnaire publié par la HAS.

AUDIT-C

Les 3 premières questions de l’AUDIT (OMS) : auto-questionnaire possible en salle d’attente, à compléter par un dialogue. En complément du FACE.

Validité et utilité
À quoi il sert
Repérer rapidement un usage à risque (quantité, fréquence, alcoolisations ponctuelles importantes) ; outil d’auto-évaluation qui autonomise le patient (HAS 2023).
Validé chez
Anciens combattants américains en soins primaires (Bush 1998, hommes ; Bradley 2007 : 392 hommes et 927 femmes). Pas de validation française spécifique de l’AUDIT-C retrouvée ; l’AUDIT complet a été validé en France et en Suisse (Gache 2005, 1 207 patients).
Performance
Mésusage : aire sous la courbe 0,94 (hommes) et 0,90 (femmes) ; seuil ≥ 4 chez l’homme : sensibilité 86 %, spécificité 89 % ; ≥ 3 chez la femme : 73 % et 91 % (Bradley 2007).
Limites
Seuils établis hors de France ; ne distingue pas bien usage à risque et dépendance (le palier « > 10 » est un repère de l’OFDT) ; dépend de la notion de verre standard.
Recommandé par
HAS 2023 (« au-delà de 4 pour l’homme ou de 3 pour la femme » : repérage positif, à approfondir) ; SFA 2023. Questionnaire de l’OMS, libre d’usage.
Sources

Correction au-cabinet 2026-09-28 : la fiche d’origine (outil tabac) annonçait « dépendance probable » dès 10 ; l’OFDT retient « au-delà de 10 ».

Index de Cushman

Gravité du syndrome de sevrage : 7 items cotés de 0 à 3 (score sur 21). À répéter (toutes les 6 h en résidentiel, à chaque passage en ambulatoire) pour adapter la benzodiazépine.

Validité et utilité
À quoi il sert
Objectiver et suivre l’intensité des signes de sevrage alcoolique, pour guider la dose de benzodiazépine et repérer l’aggravation (SFA 2023 : CIWA-Ar ou index de Cushman).
Validé chez
Grille décrite par Cushman et al. (1985) dans un essai de 63 patients hospitalisés (lofexidine contre placebo). Version française avec cotation de la PA selon l’âge diffusée en France (Fourestié, Revue du Praticien MG, 1998). Aucune étude de validation formelle retrouvée.
Performance
Non trouvée (ni sensibilité ni spécificité publiées pour prédire les complications). Utilisée surtout pour la surveillance ; les seuils 0–7, 8–14, ≥ 15 sont des repères d’usage clinique.
Limites
Inutilisable si fièvre > 38 °C ou sous bêtabloquant (signes masqués ou majorés) ; ne remplace pas l’examen (confusion, déshydratation, infection, hypoglycémie). La CIWA-Ar est l’échelle la mieux validée à l’international.
Recommandé par
SFA 2023 (avec la CIWA-Ar) ; conférence de consensus ANAES/SFA 1999.
Droits
Grille d’une publication scientifique de 1985, reproduite dans de nombreux documents français ; aucune licence d’utilisation connue. Présentée ici comme un calcul, sans reproduction de mise en page.
Sources

Seuils : 0–7 sevrage léger ou contrôlé · 8–14 modéré · ≥ 15 sévère (repères d’usage ; certaines grilles écrivent < 7 / 7–14 / > 14).

Verres standard

Additionner les boissons (liste ou boisson personnalisée) et situer le total par rapport aux repères, en une occasion, par jour ou par semaine. À faire avec le patient.

Source : calculateur de la fiche d’origine ; repères SpF/INCa 2017 ; seuil d’alcoolisation ponctuelle importante (≥ 6 verres) HAS 2021-2023. Calories : 7 kcal par gramme d’alcool.

18 · Patient & ressources

Conseils pratiques à remettre au patient

Texte destiné au patient, repris de la fiche d’origine ; imprimable seul.

Moins boire ou arrêter : des conseils concrets

Repères : au maximum 10 verres par semaine, 2 par jour, et des jours sans alcool. Zéro alcool pendant la grossesse et l’allaitement, avant de conduire, avec certains médicaments. En cas de dépendance, ne jamais arrêter brutalement sans avis médical (risque de convulsions ou de delirium tremens).

Étape 1 — Faire le point sur ses habitudes
  • Tenez un journal de consommation pendant 2 semaines : chaque verre, l’heure, le lieu, avec qui, ce que vous ressentiez.
  • Calculez votre total de la semaine et comparez aux repères (10 verres au maximum).
  • Repérez vos « moments à risque » (le soir, le week-end, en soirée, seul).
  • Identifiez les déclencheurs : émotion (stress, ennui, tristesse), contexte, heure, personne.
  • Utilisez l’application Oz Ensemble (gratuite) ou un simple carnet.
Étape 2 — Se fixer des objectifs clairs et réalistes
  • Choisissez : arrêt total, réduction progressive, ou jours sans alcool.
  • Écrivez-le : « je ne bois pas les lundis, mardis, mercredis » ou « passer de 15 à 8 verres par semaine ».
  • Planifiez vos jours sans alcool et cochez-les sur un calendrier.
  • Commencez par de petites victoires ; ne visez pas la perfection d’emblée.
  • Récompensez chaque objectif atteint (sans alcool !).
Organiser son environnement pour moins boire
  • Ne gardez plus d’alcool chez vous (ou le strict minimum), hors de vue.
  • Remplacez par des boissons plaisantes : eaux aromatisées, jus, infusions froides, kombucha.
  • Évitez un temps les lieux très liés à votre consommation.
  • Changez la routine du soir (tisane, boisson chaude à la place du verre devant la télé).
  • Anticipez l’ennui, puissant déclencheur : prévoyez des activités.
Gérer l’envie de boire quand elle surgit
  • L’envie dure rarement plus de 15 à 20 minutes si vous ne cédez pas.
  • « Surfer sur l’envie » : observez-la comme une vague qui monte puis redescend.
  • Distrayez-vous : appelez quelqu’un, marchez 10 minutes, bougez, écoutez de la musique.
  • Buvez un grand verre d’eau ou une boisson sans alcool ; occupez bouche et mains.
  • Respirez lentement (inspirez 4 s, expirez 6 s) pendant 3 minutes.
  • Tenez un « journal des envies » (moment, intensité sur 10, comment vous l’avez surmontée).
Gérer les situations sociales et la pression
  • Préparez votre réponse : « non merci, je ne bois pas ce soir », sans avoir à vous justifier.
  • Gardez un verre sans alcool à la main toute la soirée.
  • Arrivez en ayant déjà bu une boisson sans alcool.
  • Parlez de votre démarche à vos proches ; évitez ceux qui insistent les premières semaines.
  • Au restaurant, commandez une eau pétillante ou un jus avant la carte des vins.
Gérer le stress et les émotions sans alcool
  • Nommez l’émotion (stress, tristesse, colère, solitude) : la mettre en mots réduit son intensité.
  • Cohérence cardiaque : inspirez 5 s, expirez 5 s, 5 minutes par jour.
  • Activité physique : même 20 minutes de marche rapide aident.
  • Parlez à un ami, écrivez dans un journal, gardez une activité plaisir régulière.
  • Consultez si l’anxiété ou la tristesse persistent : l’alcool masque souvent une souffrance.
Mieux dormir sans alcool
  • L’alcool ne fait pas dormir : il perturbe le sommeil profond.
  • Rituel du soir sans alcool (tisane, bain, lecture, musique douce).
  • Pas d’écran l’heure avant le coucher ; heure de coucher régulière.
  • Un sommeil perturbé la 1re semaine de réduction est normal ; il s’améliore en 2 à 3 semaines.
Organiser ses semaines : le « plan de sobriété »
  • Planifiez vos jours sans alcool à l’avance et rendez-les visibles.
  • Remplissez les soirées à risque par une activité prévue.
  • Faites vos courses avec une liste sans alcool.
  • Célébrez chaque semaine réussie ; notez les bénéfices (sommeil, énergie, humeur).

La rechute ne signifie pas l’échec : reprenez le fil dès le lendemain et parlez-en à votre médecin, sans attendre. Alcool Info Service : 0 980 980 930 (7 j/7, appel non surtaxé).

Les rubriques s’ouvrent une à une à l’écran ; le bouton « Imprimer la fiche patient » les imprime toutes, seules.

19 · Patient & ressources

Ressources et contacts

Pour le patient, ses proches et le médecin.

RessourcePour qui, pour quoiAccès
Alcool Info Service (Santé publique France)Écoute, information, orientation, 7 j/70 980 980 930 · alcool-info-service.fr
Addict’AidePortail national : tests anonymes, annuaire géolocalisé, forum animé par des patients-experts, ressources pour les prochesaddictaide.fr
CSAPACentres de soins en addictologie, gratuits et anonymes : suivi médical, psychologique et social, accueil de l’entourageAnnuaire : alcool-info-service.fr, addictaide.fr
Consultations jeunes consommateurs (CJC)Jeunes et leur famille, gratuit et anonymeAnnuaire : alcool-info-service.fr
Associations d’entraideAlcooliques Anonymes (alcooliques-anonymes.fr), Vie Libre (vielibre.fr), Alcool Assistance (alcoolassistance.net), Al-Anon pour les proches (al-anon-france.org)Réunions locales
ApplicationsOz Ensemble (Santé publique France), Stop Alcool (HUG, Genève)Gratuites
Mon soutien psySéances de psychologue remboursées, sur orientation ou en accès directameli.fr
Pour le médecinAvis d’un addictologue : CSAPA, équipe de liaison (ELSA), consultation hospitalière d’addictologieRéseau local, CPTS

Sources

  1. Contacts de la fiche d’origine, vérifiés le 25/09/2026 (Alcool Info Service, Alcool Assistance, Mon soutien psy) : alcool-info-service.fr, ameli.fr