Vitamine D ? Quand doser et prescrire ?

Prévention · médecine générale · preuves à jour en 2026

Vitamine D : je dose moins, je prescris juste

Un bilan « avec la vitamine D », une ampoule à 100 000 UI « pour l'hiver », une fatigue qu'on espère corriger : la vitamine D est l'un des dosages les plus demandés et des moins utiles. Renseignez l'âge, le lieu de vie, la saison, le terrain et les traitements du patient : la page dit s'il faut doser, s'il faut supplémenter, à quelle dose quotidienne, et ce qu'on peut honnêtement en attendre.

En deux phrases : on supplémente sans doser le nourrisson, l'enfant à risque, la femme enceinte, la personne de 75 ans et plus, le résident d'EHPAD et quelques terrains ; on dose seulement dans les six situations retenues par la HAS. Chez l'adulte en bonne santé, les grands essais (VITAL, D-Health, DO-HEALTH) n'ont trouvé aucun bénéfice.

Pour les médecins généralistes et les internesHAS · SFP · GRIO · Endocrine Society · CochraneSources lues le 01/10/2026

01 — Mon patient

Qui, où, quand ?

Trois réponses suffisent pour une première conduite ; le terrain, les traitements et un dosage déjà fait l'affinent.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet : la conduite se calcule dans la page, et rien n'est gardé.

  1. Âge
  2. Lieu de vie
  3. Saison
Âge
Lieu de vie
Saison
02 — Mon patient

Son terrain

Cochez ce qui est vrai. En rouge : ce qui impose la prudence.

Exposition et mode de vie

Maladies

Prudence

03 — Mon patient

Ses traitements

Ceux qui font baisser la vitamine D, et ceux qui rendent l'excès dangereux.

04 — Mon patient

Un dosage déjà fait ?

Facultatif : s'il arrive avec un résultat, la page le lit et adapte la dose.

On ne dose pas pour décider de supplémenter : on supplémente selon l'âge et le terrain. Un dosage n'est utile que s'il change la conduite : maladie osseuse suspectée, malabsorption, chirurgie bariatrique, greffe rénale, chutes répétées du sujet âgé, avant un traitement de l'ostéoporose.

05 — Doser ?

Les six situations où l'on dose

Depuis le rapport de la HAS de 2013, le dosage de la 25(OH)D n'est remboursé que dans une liste fermée.

SituationPourquoi le chiffre change la conduite
Suspicion de rachitismeDiagnostic : carence profonde avec PAL élevées, hypophosphatémie, déformations ; traitement curatif et non préventif.
Suspicion d'ostéomalacieDouleurs osseuses diffuses, faiblesse des ceintures, PAL élevées, fissures (pseudo-fractures) : traitement d'attaque.
Greffé rénal, au-delà de 3 moisCarence fréquente, dose à ajuster avec le néphrologue.
Avant et après chirurgie bariatriqueMalabsorption durable : la dose se règle sur le taux, à vie.
Personne âgée qui fait des chutes répétéesCorriger une carence fait partie de l'évaluation de la chute.
Respect du RCP d'un médicamentTraitements de l'ostéoporose qui exigent de corriger une carence avant de commencer (risque d'hypocalcémie sous zolédronate, dénosumab).

Sources : ; . Hors de ces cas, écrire « NR » (non remboursable) à côté de l'examen : le dosage reste à la charge du patient (acte 1139, coté B25 depuis le 01/09/2024, soit environ 6,50 € ; ). Aucune révision de cette liste n'a été publiée au 01/10/2026.

Sans remboursement, mais quand le résultat change la conduite : granulomatose (sarcoïdose) avant toute vitamine D, avec calcémie et calciurie ; hypercalcémie ou hyperparathyroïdie (bilan spécialisé) ; malabsorption, pour vérifier que la dose suffit ; insuffisance rénale dès le stade 3 (KDIGO) ; bilan d'une ostéoporose (le GRIO 2025 recommande de doser avant de supplémenter pour viser 30 à 60 ng/mL).

06 — Doser ?

Quand ne pas doser

  • Fatigue, douleurs diffuses, chute de cheveux, déprime : un taux bas est fréquent, le corriger ne soulage pas ces plaintes dans les essais.
  • Bilan « de routine » ou dépistage chez l'adulte en bonne santé : l'Endocrine Society 2024 et l'USPSTF le déconseillent. En France, 73 % des adultes sont sous 30 ng/mL, 35 % sous 20 et 6,5 % sous 10 (Esteban, ) : un seuil qui classe trois personnes sur quatre comme « insuffisantes » ne repère pas un risque.
  • Avant de supplémenter un nourrisson, un enfant, une femme enceinte, une personne de 75 ans ou plus, un résident d'EHPAD : on supplémente sans doser.
  • Pour contrôler une supplémentation à dose habituelle : le taux monte de façon prévisible ; recontrôle seulement en cas de malabsorption, de chirurgie bariatrique ou de carence profonde traitée.
  • En hiver, pour « voir » : le taux baisse chez tout le monde entre novembre et mars, c'est physiologique.

Un taux bas est un marqueur de mauvaise santé (on sort moins quand on est malade, âgé, obèse) plus qu'une cause : c'est pourquoi les études d'observation promettaient beaucoup et les essais randomisés presque rien.

07 — Doser ?

Lire un résultat

Les sociétés savantes ne placent pas la barre au même endroit.

→ —1 ng/mL = 2,5 nmol/L · 1 µg = 40 UI
Taux (ng/mL)nmol/LLecture
< 10 (< 12)< 25 (< 30)Carence pour tous : risque de rachitisme et d'ostéomalacie ; à corriger.
10 à 2025 à 50Insuffisance : sous le seuil de 20 ng/mL qui couvre 97,5 % de la population () ; supplément quotidien modéré.
20 à 3050 à 75Suffisant pour l'IOM/NAM, l'EFSA, l'Académie américaine de médecine familiale ; insuffisant pour le GRIO chez l'ostéoporotique (cible 30 à 60).
30 à 6075 à 150Satisfaisant pour tous.
60 à 150150 à 375Élevé, sans bénéfice supplémentaire : ne pas monter plus. Limite supérieure de sécurité des apports : 4 000 UI/j chez l'adulte et dès 11 ans, 2 000 UI/j de 1 à 10 ans ().
> 150> 375Intoxication possible : arrêter, calcémie en urgence.

L'Endocrine Society défendait en 2011 une cible de 30 ng/mL et le dosage des personnes à risque. En 2024 (), elle renonce à tout seuil « de suffisance », déconseille le dosage systématique, et propose une supplémentation empirique ciblée : 1 à 18 ans, grossesse, 75 ans et plus, prédiabète à haut risque ; rien au-delà des apports conseillés entre 19 et 74 ans.

08 — Prescrire

Qui supplémenter sans doser

Doses quotidiennes de prévention ; avec ZymaD (1 goutte = 300 UI).

QuiDoseCombien de tempsRepères
Nourrisson, 0 à 2 ans400 à 800 UI/j
(1 à 2 gouttes)
En continuAllaité ou non (SFP 2022). Prématuré : 2 à 3 gouttes selon le RCP, avis néonatal.
Enfant et adolescent, 2 à 18 ans400 à 800 UI/j
800 à 1 600 si facteur de risque
Toute l'annéeSFP 2022. Le CNGE (2024) juge le bénéfice non démontré après 1 an sans facteur de risque : décision partagée. Gouttes oubliées : 50 000 UI tous les 3 mois (toutes les 6 semaines si facteur de risque), jamais 200 000 UI.
Femme enceinte400 à 800 UI/j si facteur de risque ou grossesse en hiverJusqu'à l'accouchementHAS 2005 : pas de supplémentation systématique, 100 000 UI au 6e-7e mois si peu de soleil, peau couverte ou hiver ; l'Endocrine Society 2024 la propose à toutes. La prise quotidienne remplace l'ampoule ; aucun bénéfice obstétrical démontré (Cochrane 2024).
Adulte de 18 à 74 ans sans facteur de risqueRien—Soleil et alimentation (poissons gras, œufs, laitages) ; aucun bénéfice dans les essais.
Adulte peu exposé, peau foncée ou couverte800 à 1 000 UI/jD'octobre à mars, ou toute l'annéePrévenir la carence, sans plus.
75 ans et plus800 à 1 000 UI/jToute l'annéeEndocrine Society 2024 ; signal faible sur la mortalité.
EHPAD, institution800 à 1 000 UI/j + calcium alimentaireToute l'annéeSeule population où les fractures de hanche baissent.

Peau foncée, faible exposition au soleil, obésité, alimentation végétalienne (SFP 2022, ) ; s'y ajoutent malabsorption, insuffisance rénale ou hépatique, traitement inducteur.

09 — Prescrire

Selon le lieu et la saison

La peau fabrique la vitamine D sous les UVB, qui dépendent de la hauteur du soleil. Touchez une zone.

Nord Centre Sud Corse Outre-merOutre-mer

pas de synthèsesynthèse faiblesynthèse possible

D'après (aucune synthèse de novembre à février à 42° N, d'octobre à mars à 52° N) et (Paris : de novembre à mars) ; découpage en zones approximatif.

La saison fait varier le taux, pas l'indication. Dans le nord en hiver, un adulte sain voit son taux baisser sans que la supplémentation ne lui apporte de bénéfice démontré ; les facteurs de risque (peau foncée, peau couverte, vie à l'intérieur) font pencher vers un supplément d'octobre à mars, ou toute l'année s'ils empêchent toute exposition. En outre-mer, la saison ne compte pas.

10 — Prescrire

Selon le terrain

TerrainConduite
ObésitéTaux plus bas (la vitamine D se répartit dans la graisse) : quand on supplémente, dose 1,5 fois plus élevée.
Chirurgie bariatriqueÀ vie, quelle que soit l'opération : au moins 800 UI/j (HAS 2024), souvent 2 000 à 3 000 UI/j pour atteindre 30 ng/mL ; calcium 1 000 mg/j après sleeve, 1 500 mg/j après bypass ; dosage avant puis pendant le suivi ().
Malabsorption1 000 à 2 000 UI/j ou plus selon le taux, contrôlé à 3 mois.
Insuffisance rénale chroniqueDoser dès le stade 3 et corriger comme la population générale, avec de la vitamine D native () ; calcitriol et alfacalcidol relèvent du néphrologue ; pas de calcium en comprimés sans avis au stade 4-5.
Ostéoporose, fracture de fragilitéDoser, viser 30 à 60 ng/mL, 800 à 1 000 UI/j en entretien, calcium surtout alimentaire (GRIO 2025). Apports calciques à calculer et schéma pas à pas : outil Ostéoporose.
Chutes répétéesDoser (remboursé), corriger une carence ; l'exercice, lui, prévient les chutes.
Sarcoïdose, granulomatosesLes granulomes transforment eux-mêmes la vitamine D en forme active : hypercalcémie. Avant toute supplémentation : 25(OH)D et 1,25(OH)₂D, calcémie, calciurie des 24 h ; puis petites doses quotidiennes et calcémie de contrôle, avec le spécialiste ().
Hyperparathyroïdie primaireUne carence aggrave l'atteinte osseuse : la corriger (au-dessus de 30 ng/mL, sans dépasser la limite haute du laboratoire) à petite dose quotidienne en surveillant la calcémie, avec l'endocrinologue.
Lithiase calcique, hypercalciurieContre-indication dans les RCP ; si carence à corriger : petite dose quotidienne, pas de calcium en comprimés, calciurie de contrôle.
HypercalcémieContre-indication.

Calculer les apports en calcium (laitages, eaux, alimentation sans lait), choisir le complément et le schéma de vitamine D avant un bisphosphonate injectable ou le dénosumab : chapitre Calcium & vitamine D de l'outil Ostéoporose, qui reprend les doses de cette page.

11 — Prescrire

Selon les traitements

TraitementEffetConduite
Carbamazépine, phénytoïne, phénobarbital, primidoneInducteurs : dégradation accélérée1 000 à 2 000 UI/j au long cours
Corticoïdes ≥ 3 moisMoins d'absorption du calcium, os fragilisé800 à 1 000 UI/j + calcium alimentaire, dans la prévention de l'ostéoporose cortisonique
Rifampicine, éfavirenzInducteursSupplément si autre facteur de risque ou traitement long
Orlistat, colestyramineAbsorption des vitamines liposolubles diminuéeSupplément ; prise à distance (au coucher pour l'orlistat ; 2 h avant ou 4 h après la résine)
ThiazidiquesRétention du calciumHypercalcémie possible avec la vitamine D (et le calcium) : calcémie, pas de forte dose
DigoxineToxicité majorée par l'hypercalcémieDoses modérées, calcémie
Zolédronate, dénosumabRisque d'hypocalcémie si carenceDoser et corriger avant la première injection (RCP)
Lévothyroxine (avec calcium + D)Le calcium gêne son absorptionEspacer de 4 h

Interactions listées dans les RCP () : elles varient d'une spécialité à l'autre ; les plus complètes (Uvédose capsule, Uvécaps) citent thiazidiques, digitaliques, inducteurs, glucocorticoïdes, résines, orlistat, rifampicine, isoniazide.

12 — Prescrire

Chaque jour plutôt qu'en ampoule

La vitamine D native vit environ un jour dans le sang ; une forte dose espacée déclenche ses propres freins (24-hydroxylase, FGF23) et donne des pics inutiles. Les essais à fortes doses espacées ont été décevants, parfois nuisibles : 500 000 UI par an font plus chuter et plus fracturer (Sanders) ; 60 000 UI par mois n'ont rien évité (D-Health), avec plus de décès par cancer après 2 ans ; les effets favorables sur le cancer et les chutes ne se voient qu'avec une prise quotidienne.

Gouttes chaque jour (ZymaD, Adrigyl : remboursées) ou capsule de 1 000 UI (non remboursée). Si la prise quotidienne échoue : capsule de 20 000 UI par semaine ou tous les 15 jours, ou au plus une ampoule de 50 000 UI par mois ( : la plus petite dose, l'intervalle le plus court). Plus d'ampoules de 100 000 UI ou plus, ni « une ampoule pour l'hiver ». Chez l'enfant dont les gouttes sont oubliées, la SFP admet 50 000 UI tous les 3 mois et proscrit les 200 000 UI.

L'ANSM (2021) puis l'Anses (2021, 2023) ont signalé des hypercalcémies graves chez des nourrissons qui recevaient des compléments alimentaires de vitamine D très concentrés (jusqu'à 5 000 à 10 000 UI par goutte), achetés sans ordonnance ou en ligne, ou cumulés avec un médicament. Prescrire une spécialité, écrire le nombre de gouttes, vérifier qu'il n'y a pas de doublon (ZymaD + complément, ZymaDuo + ZymaD). Sources : ; .

13 — Prescrire

Les produits disponibles en France

Spécialités commercialisées d'après la base publique des médicaments (mise à jour du 29/09/2026). Colécalciférol (D3) préféré à l'ergocalciférol (D2).

Calcifédiol (Dédrogyl) : forme déjà hydroxylée, plus puissante, pour des indications spécialisées. Uvestérol D et Deltius ne figurent plus dans la base.

14 — Prescrire

Corriger une carence

TauxAdulteEnfant
< 10 ng/mLCharge : 50 000 UI par semaine pendant 6 semaines, ou 3 000 à 4 000 UI/j pendant 10 à 12 semaines ; puis 800 à 2 000 UI/j12 semaines : 2 000 UI/j avant 1 an, 3 000 à 6 000 UI/j de 1 à 12 ans, 6 000 UI/j après 12 ans, avec du calcium ; puis prévention (Munns 2016)
10 à 20 ng/mL1 000 à 2 000 UI/j800 à 1 600 UI/j
20 à 30 ng/mLRien, sauf indication propre (ostéoporose : 800 à 1 000 UI/j)Dose de prévention

Charge selon les recommandations britanniques ( : environ 300 000 UI en 6 à 10 semaines, calcémie 1 mois après, pas de 25(OH)D de contrôle systématique) et la position du GRIO 2025 (dose de charge si < 12 ng/mL, ostéomalacie ou traitement antirésorptif puissant à venir). Avant la charge, en cas d'ostéomalacie suspectée : calcémie, phosphatémie, PAL, PTH, créatinine.

15 — La science

Ce qu'on peut attendre, critère par critère

Essais randomisés et méta-analyses, du plus solide au plus fragile.

16 — La science

Les grands essais

Des dizaines de milliers de participants, souvent non carencés au départ : c'est leur limite, et c'est aussi la situation de la plupart de nos patients.

    17 — La science

    Ce qu'on peut dire au patient

    « La vitamine D protège les os des bébés et des enfants, et évite la carence profonde qui fragilise les os. Chez les personnes très âgées qui vivent en établissement, avec du calcium, elle diminue un peu les fractures de la hanche. »

    « Chez vous, en bonne santé, elle ne prévient ni les fractures, ni les chutes, ni le cancer, ni l'infarctus, ni la dépression, ni les infections. Elle ne corrige pas la fatigue. Si vous en prenez, une petite dose chaque jour suffit ; les grosses ampoules ne font pas mieux et peuvent faire tomber. »

    Lecture critique continue de ces essais : (pages Nutrition, Pédiatrie, Ostéoporose), dont la position rejoint celle du CNGE () et du HCSP () : ne pas doser en routine, supplémenter de façon ciblée, quotidiennement. Synthèse : .

    18 — Sources

    Sources et méthode

    Chaque essai et méta-analyse a été vérifié sur PubMed (référence, effectifs, résultat chiffré) le 01/10/2026 ; les NNT sont calculés à partir des risques absolus publiés, avec leur durée. Les spécialités et leurs doses viennent de la base publique des médicaments (fichiers du 29/09/2026) et des RCP. Les recommandations françaises (HAS, SFP, GRIO, CNGE) ont été lues dans leur texte. La logique de décision est contrôlée par des cas tests (nourrisson, enceinte, EHPAD, bariatrique, sarcoïdose, dosages…).

    Doses de prévention : consensus d'experts plus qu'essais. Les seuils d'interprétation diffèrent selon les sociétés et les laboratoires (dosages non standardisés). La carte d'ensoleillement est schématique. L'outil aide à décider ; il ne remplace ni l'examen ni l'avis spécialisé (sarcoïdose, insuffisance rénale sévère, hyperparathyroïdie, enfant carencé).