Aide à la décision · médecine générale
Hyperuricémie & goutte : du chiffre à la décision
Un chiffre d'acide urique élevé n'est ni une goutte, ni une lithiase, ni une indication de traitement. Cet outil suit le fil clinico-biologique réel — affirmer la goutte, interpréter l'uricémie, peser la sévérité, traiter la crise, chercher la cause, poser (ou non) l'indication du traitement de fond — jusqu'à la synthèse pour le dossier et la fiche de conseils remise au patient.
Recommandations : Société française de rhumatologie 2020 (Latourte ; Pascart) · ACR 2020 · EULAR 2016 · cohortes Campion 1987, Dalbeth 2018 · essais AGREE, CONTACT, CARES, FAST, CKD-FIX, PERL, FEATHER, Ettinger · GBD 2024. Aide à la décision destinée aux professionnels de santé — ne remplace pas le jugement clinique individuel. Revue de la fiche d'origine : juin 2026 ; vérification au-cabinet : septembre 2026.
Évaluation du patient
Décrire la situation clinico-biologique, dérouler l'algorithme de prise en charge, puis transcrire la synthèse dans le dossier. Tout reste local au navigateur — aucune donnée n'est enregistrée ni transmise.
🔒 Rien n'est envoyé sur internet : l'uricémie, le rein et le terrain que vous saisissez restent dans votre navigateur ; rien n'est enregistré. La synthèse et les fiches PDF sont produites sur votre poste.
Terrain
Biologie
Maladie uratique
Comorbidités & terrain cardio-métabolique
Médicaments & sécurité
Mode de vie
Situation clinico-biologique & décision
Conduite à tenir personnalisée
Traitement de la crise et traitement de fond, adaptés à la fonction rénale et au terrain, iatrogénie à corriger et modalités de suivi clinico-biologique.
Synthèse pour le dossier & fiche patient
La synthèse reprend l'ensemble de l'évaluation, l'indication retenue et la cible. Vérifiez-la, puis copiez-la dans le dossier ou générez la fiche de conseils du patient.
Fiches à remettre au patient
Trois documents imprimables, rédigés en langage simple (littératie basse), sans abréviation.
Validité et utilité · DFG CKD-EPI 2021
- À quoi il sert
- Estimer le débit de filtration glomérulaire à partir de la créatinine, de l'âge et du sexe, sans variable ethnique. Ici, il classe la maladie rénale chronique (stade 3 = DFG < 60) qui change la dose de départ de l'allopurinol, le choix du traitement de crise et le seuil de traitement après une 1ʳᵉ crise.
- Valide chez
- Adultes. Développement : 10 études, 8 254 participants (créatinine seule) ; validation : 12 études, 4 050 participants, DFG mesuré par méthode de référence.
- Performance
- Dans la validation, l'équation sans variable ethnique sous-estime le DFG mesuré de 3,6 mL/min/1,73 m² (médiane) chez les participants noirs et le surestime de 3,9 chez les autres ; au moins 85 % des estimations à ± 30 % du DFG mesuré.
- Limites
- Estimation imprécise aux âges extrêmes, en cas de masse musculaire très basse ou très haute, d'insuffisance rénale aiguë ou de régime particulier. L'association créatinine + cystatine C est plus exacte.
- Recommandé par
- KDIGO 2024 (équation sans variable ethnique). En France, la HAS recommande CKD-EPI pour estimer le DFG (version 2021 : non trouvé dans un texte HAS).
Critères de classification ACR/EULAR 2015
Sans cristaux, un total de 8 points ou plus (sur 23) classe le tableau comme une goutte. Ce sont des critères de classification, conçus pour la recherche : ils aident le raisonnement mais ne remplacent pas la recherche de cristaux quand la ponction est possible, ni l'élimination d'une arthrite septique.
Seuil : ≥ 8 = goutte (sans cristaux). Score de −6 à 23. Source : Neogi T et al. 2015 Gout Classification Criteria (ACR/EULAR), Arthritis Rheumatol 2015;67:2557-68 et Ann Rheum Dis 2015;74:1789-983.
Validité et utilité · critères ACR/EULAR 2015
- À quoi il sert
- Classer un patient comme ayant une goutte (études, registres) ; en pratique, structure le raisonnement clinique quand la ponction n'est pas faite.
- Valide chez
- Patients vus en rhumatologie pour au moins une arthrite ou bursite périphérique ; élaborés sur une étude diagnostique internationale où la présence de cristaux était la référence, puis testés dans un jeu de données indépendant.
- Performance
- Sensibilité 92 %, spécificité 89 % (jeu de validation).
- Limites
- Critères de classification, pas de diagnostic ; construits en milieu spécialisé (performance en soins primaires : non trouvé) ; l'imagerie (échographie, scanner double énergie) n'est pas toujours accessible ; une uricémie dosée pendant la crise peut être faussement basse.
- Recommandé par
- EULAR 2018 (diagnostic de la goutte) : recherche de cristaux en première intention ; à défaut, diagnostic clinique étayé par l'uricémie et l'imagerie. Le calcul de ces critères n'est pas une recommandation de la SFR 2020 (non trouvé).
Le parcours en un coup d'œil
Chaque étape suit la logique clinico-biologique réelle. Les données saisies dans l'évaluation du patient alimentent la décision, la synthèse et la fiche patient.
Évaluation du patient
Décrire la situation clinico-biologique, dérouler l'algorithme, exporter la synthèse et la fiche patient.
1 · Affirmer le diagnostic
Écarter le sepsis, confirmer par les cristaux, ne pas se fier à une uricémie de crise.
2 · Doser & interpréter
Quand doser, le piège du « normal » du labo, et où se situe l'uricémie face au seuil de solubilité.
3 · Sévérité & pronostic
Stadification clinico-biologique de la maladie et risque réel de crise selon l'uricémie.
4 · Traiter la crise
Colchicine, AINS, corticoïdes, anti-IL-1 : choix selon le terrain (SFR 2020).
5 · Cause & règles de vie
Causes iatrogènes, vrai poids du régime, message pour déculpabiliser le patient.
6 · Indication — raisonnement
Pourquoi l'indication repose sur la clinique et non sur le chiffre : essais et stratégie.
7 · Conduite du traitement
Cible, allopurinol, fébuxostat, sécurité, prophylaxie, treat-to-target.
8 · Lithiase urique
Déterminée par le pH urinaire, pas par l'uricémie : alcaliniser d'abord.
Affirmer le diagnostic
Tout l'outil suppose une goutte établie. Trois pièges à écarter d'abord, car ils changent la conduite.
- L'uricémie est trompeuse pendant la crise. Elle peut être normale ou basse en phase aiguë (effet uricosurique de l'inflammation) : une valeur normale n'élimine pas la goutte. Recontrôler à distance, environ 4 semaines après la crise3.
- Le « normal » du laboratoire trompe aussi. Beaucoup de laboratoires rendent une borne haute vers 420 µmol/L : un goutteux à 400 µmol/L est « dans la norme » mais au-dessus du seuil de cristallisation et hors cible thérapeutique.
- En l'absence de ponction, un diagnostic clinique probabiliste reste possible (critères ACR/EULAR 2015 : siège podagre, récidive, hyperuricémie, réponse à la colchicine, dépôts en imagerie)3 ; l'échographie (double contour) et le scanner double énergie aident dans les cas douteux.
Doser & interpréter l'uricémie
Le dosage répond à des indications précises, et son interprétation se lit sur la solubilité de l'urate — pas sur la « normale » du laboratoire.
Quand doser ?
- Suspicion de goutte — à interpréter à distance de la crise (~4 semaines)3.
- Suivi « treat-to-target » sous hypo-uricémiant : toutes les 2 à 4 semaines pendant la titration, puis tous les 6 à 12 mois une fois la cible atteinte1034.
- Bilan d'une lithiase rénale19 ; et avant une chimiothérapie à risque de syndrome de lyse (contexte hospitalier).
Où se situe l'uricémie ? — échelle de saturation
Le seuil de solubilité de l'urate monosodique est d'environ 68 mg/L (6,8 mg/dL ≈ 405 µmol/L) à pH 7,0 et 37 °C12. Il descend à 60 mg/L (6,0 mg/dL ≈ 360 µmol/L) à 35 °C2 — la température des articulations distales et de l'oreille, d'où la prédilection des dépôts. C'est ce qui donne un sens physiopathologique à la cible de 60 mg/L. Le curseur reflète la valeur saisie dans l'évaluation et alimente le risque, la décision et la synthèse.
Sévérité clinico-biologique & pronostic
Stadifier la maladie oriente toute la suite. Et l'uricémie prédit un risque… bien plus faible qu'on ne le croit.
Les stades cliniques de la maladie uratique
| Stade | Définition | Conduite dominante |
|---|---|---|
| Hyperuricémie asymptomatique | Uricémie élevée, aucune crise, pas de dépôt clinique | Pas de traitement de fond ; règles de vie, comorbidités |
| 1ʳᵉ crise de goutte | Un seul épisode aigu à ce jour | Traiter la crise ; traitement de fond non systématique |
| Goutte intermittente | Crises récidivantes, intervalles libres | Discuter / instaurer le traitement de fond |
| Goutte avancée / tophacée | Tophus, arthropathie, érosions radiographiques | Traitement de fond impératif, cible stricte |
Risque réel de goutte à 5 ans selon l'uricémie
Incidence cumulée d'une première crise selon l'uricémie initiale (Normative Aging Study, 2 046 hommes, suivi moyen 14,9 ans)4 — la donnée la plus contre-intuitive de l'hyperuricémie. Se met à jour avec l'uricémie saisie dans l'évaluation.
| Uricémie mg/L (mg/dL) | Risque relatif ajusté | Incidence à 15 ans |
|---|---|---|
| < 60 (< 6) — référence | 1 | 1,1 % |
| 60–69 (6,0–6,9) | 2,7 | — |
| 70–79 (7,0–7,9) | 6,6 | — |
| 80–89 (8,0–8,9) | 15 | — |
| 90–99 (9,0–9,9) | 30 | — |
| ≥ 100 (≥ 10) | 64 | 49 % |
Risques relatifs ajustés (âge, sexe, ascendance, cohorte) vs < 6 mg/dL — 18 889 participants5, concordant avec Framingham6.
Faut-il craindre l'hyperuricémie pour le cœur et le rein ?
- Associations observationnelles fortes : hypertension, maladie rénale chronique, syndrome métabolique, diabète, événements et mortalité cardio-vasculaires7.
- Mais la causalité n'est pas établie : les études de randomisation mendélienne ne retrouvent pas d'effet causal de l'urate sur la maladie rénale chronique30 ni sur la maladie coronaire31 — l'urate y est surtout un marqueur du terrain cardio-métabolique partagé.
- La causalité est établie, en revanche, pour la goutte et la lithiase urique : c'est là que l'abaissement de l'uricémie a un sens.
Validité et utilité · risque de 1ʳᵉ crise selon l'uricémie
- À quoi il sert
- Donner un ordre de grandeur du risque de première crise de goutte selon l'uricémie, pour expliquer pourquoi on ne traite pas un chiffre isolé.
- Valide chez
- Normative Aging Study (Campion 1987) : 2 046 hommes, suivi moyen 14,9 ans (États-Unis). Dalbeth 2018 : 18 889 participants de 4 cohortes américaines, sans goutte au départ.
- Performance
- Données de cohorte, pas un score individuel : incidence cumulée à 5 ans de 0,5 % (uricémie < 60 mg/L) à 30,5 % (≥ 100 mg/L) ; risque relatif ajusté 64 pour ≥ 100 mg/L contre < 60 mg/L (Dalbeth).
- Limites
- Cohorte de Campion exclusivement masculine ; uricémie mesurée une fois ; populations nord-américaines ; ne tient pas compte des dépôts infracliniques, du rein ni des médicaments.
- Recommandé par
- Non utilisé comme outil de décision par les recommandations ; l'ACR 2020 s'appuie sur ces données pour déconseiller le traitement de l'hyperuricémie asymptomatique.
Traiter la crise
Indépendant de l'uricémie. La précocité prime sur la molécule : agir dans les 12 premières heures, selon un plan pré-défini connu du patient (SFR 2020).
Les recommandations françaises 2020 insistent sur l'éducation du patient pour qu'il traite dès les premiers symptômes, et sur le choix guidé par les comorbidités et co-prescriptions33. Trois options de 1ʳᵉ ligne, une 2ᵉ ligne en cas d'impasse.
Chercher la cause & poser les règles de vie
L'étape la plus rentable avant tout traitement : environ 90 % des hyperuricémies relèvent d'une sous-excrétion rénale. Corriger une cause iatrogène peut éviter un traitement à vie.
Médicaments à réévaluer
- Diurétiques thiazidiques et de l'anse — la cause iatrogène la plus fréquente. Si un antihypertenseur reste nécessaire, préférer le losartan (légèrement uricosurique)10.
- Aspirine à faible dose : ne pas l'arrêter si elle est prescrite pour une indication cardio-vasculaire valable10. Ciclosporine / tacrolimus, pyrazinamide / éthambutol : à mettre en balance avec leur indication.
Quel poids a vraiment le régime ?
- Ce qui compte le plus (et qu'on peut cibler) : réduire l'alcool (bière, spiritueux), les sodas et le fructose27, l'excès de viande et de fruits de mer26 ; les produits laitiers allégés sont protecteurs (risque relatif 0,56)26.
- Idée à abandonner : les légumes riches en purines (légumineuses, épinards, asperges) n'augmentent pas le risque26 — inutile de les interdire.
- Attente réaliste : le régime seul abaisse l'uricémie modestement (régime DASH : jusqu'à ~1,3 mg/dL chez les plus hyperuricémiques)9 — utile, mais ne remplace pas l'hypo-uricémiant chez le vrai goutteux.
Bilan à demander
- Goutte : uricémie (à distance de la crise), créatinine / débit de filtration glomérulaire, glycémie, bilan lipidique, pression artérielle — la goutte est un marqueur cardio-métabolique à explorer34.
- Lithiase : analyse du calcul (spectrophotométrie infrarouge), pH urinaire, bilan urinaire des 24 h (uricurie, calciurie, citraturie, volume)19.
Indication du traitement de fond
L'indication repose sur la clinique, pas sur le chiffre (ACR 2020 / SFR 2020, méthodologie GRADE). L'uricémie réglée à l'étape 2 est reprise automatiquement.
L'indication d'un traitement de fond et la cible sont calculées dans l'évaluation du patient, à partir du tableau clinique, de l'uricémie et des facteurs associés. Voici le raisonnement sous-jacent.
| Situation | Conduite | Force |
|---|---|---|
| Hyperuricémie asymptomatique | Pas d'hypo-uricémiant, quel que soit le chiffre | Conditionnelle, contre (ACR 2020)« Forte » dans la version d'origine : l'ACR 2020 la classe conditionnelle ; aucune recommandation ne conseille de traiter. |
| Goutte structurale (tophus, arthropathie, érosions) | Traiter ; cible stricte < 50 mg/L | Forte, pour |
| Crises fréquentes (≥ 2 / an) | Traiter ; cible < 60 mg/L | Forte, pour |
| Crises peu fréquentes (< 2 / an) | Décision partagée | Conditionnelle |
| Première crise | Habituellement s'abstenir — sauf uricémie ≥ 90 mg/L, MRC ≥ 3 ou lithiase | Conditionnelle |
Conduite du traitement hypo-uricémiant
Stratégie « treat-to-target » : titrer jusqu'à la cible, puis maintenir à vie. La cible se définit par la solubilité, pas par la « normale » du laboratoire.
Molécules
Quand traiter, et pour combien de temps
- La goutte est curable : sous le seuil de solubilité, cristaux et tophus se dissolvent (mois à années) et les crises cessent234 ; le traitement se poursuit ensuite à vie.
- Initiation précoce à discuter si âge < 40 ans, uricémie > 80 mg/L (8 mg/dL, 480 µmol/L) ou comorbidités cardio-rénales11 ; elle peut se faire dès la crise (étape 4).
- Grossesse : allopurinol et fébuxostat non recommandés ; la colchicine reste utilisable pour la crise24.
- Adresser : goutte réfractaire, intolérances multiples, goutte tophacée sévère (rhumatologue) ; insuffisance rénale sévère (néphrologue) ; lithiase récidivante ou obstructive (urologue).
Carte posologique — aide-mémoire
Récapitulatif des traitements de la crise et de fond, avec adaptations rénales et de terrain. Conçu pour être imprimé sur une page.
Traitement de la crise
Colchicine
- 1 mg, puis 0,5 mg 1 h après ; puis 0,5 mg 2 à 3 fois/j selon l'évolution36.
- DFG 30–59 : 0,5 mg un jour sur deux, surveillance ; contre-indiquée si DFG < 3036.
- Contre-indiquée avec les macrolides (sauf spiramycine) et la pristinamycine ; éviter les inhibiteurs puissants P-glycoprotéine / CYP3A4 (ciclosporine…).
AINS
- Pleine dose, durée courte, protection gastrique si besoin.
- À éviter si débit < 30, insuffisance cardiaque, ulcère, anticoagulation, sujet âgé.
Corticoïde
- Prednisone 30–35 mg/j pendant 3–5 jours.
- Option de choix en insuffisance rénale ; prudence si diabète.
- Infiltration cortisonique possible si monoarthrite.
Anti-IL-1
- Canakinumab (anakinra hors autorisation de mise sur le marché).
- Si crises fréquentes et 1ʳᵉ ligne contre-indiquée ou inefficace33.
Traitement de fond (hypo-uricémiant)
Allopurinol
- Début 100 mg/j ; 50 mg/j si débit 30–60, avec prudence (fébuxostat en alternative)34.
- DFG < 30 : ne pas débuter ni titrer en médecine générale — fébuxostat de préférence, ou avis néphrologique / rhumatologique34.
- Titrer toutes les 2–4 semaines jusqu'à la cible (< 60 mg/L ; < 50 si goutte sévère), sans dépasser la dose maximale du RCP selon la clairance : 300 mg/j (80–100 mL/min), 200 mg/j (40–80), 100 mg/j (20–40)39 ; au-delà : hors AMM, décision du spécialiste.
- Toxidermie (DRESS, Stevens-Johnson / Lyell), risque majoré par l'insuffisance rénale : arrêt si éruption + fièvre ; génotypage HLA-B*58:01 si origine à risque1539.
Fébuxostat
- 80 mg/j, augmentation à 120 mg/j si besoin.
- Préférer l'allopurinol si maladie cardio-vasculaire (signal CARES)1617.
- Non recommandé avec l'azathioprine / 6-mercaptopurine (RCP ; l'allopurinol, lui, y est contre-indiqué) : avis spécialisé3940.
- DFG < 30 : efficacité et tolérance peu évaluées (RCP)40 — instauration à discuter avec le néphrologue ou le rhumatologue.
À l'initiation, 6 mois
- Colchicine 0,5 à 1 mg/j (DFG 30–59 : 0,5 mg un jour sur deux ; contre-indiquée si DFG < 30 ; éviter si ciclosporine).
- Sinon AINS (pas si DFG < 30) ou corticoïde à faible dose.
Selon le terrain
- Losartan (uricosurique léger) si hypertension.
- Uricosuriques (probénécide, benzbromarone, lésinurad) peu/pas disponibles en France.
Lithiase urique : ce n'est pas l'uricémie
Erreur fréquente : croire qu'on prévient la lithiase urique en abaissant l'uricémie. Le déterminant principal est le pH urinaire.
La lithiase urique survient typiquement avec une urine acide et une uricurie normale18.
- Le pH urinaire commande. L'acide urique est un acide faible (pKa₁ ≈ 5,3) : en urine acide il précipite, même à concentration modérée ; au-delà de pH 6,5 il existe surtout sous forme d'urate soluble18.
- 1ʳᵉ intention = alcalinisation, pas l'allopurinol : hydratation (> 2 à 2,5 L/j) et citrate de potassium (cible pH ~6,2–6,8)19 ; peut dissoudre les calculs déjà formés.
- La goutte environ double le risque lithiasique : odds ratio ajusté 1,49 (IC95 % 1,04–2,14) dans NHANES III20 ; prévalence environ doublée dans une cohorte de 51 529 hommes21.
- Allopurinol et lithiase oxalique : dans le seul essai randomisé (hyperuricurie + normocalciurie), il réduit les récidives — −81 % vs −63 % sous placebo22.
- Nuance honnête : les grandes cohortes de Curhan ne confirment pas l'hyperuricurie comme facteur de risque de lithiase oxalique23.
Idées reçues sur la goutte
Huit croyances tenaces, et ce que dit la preuve.
Références & méthode
Sources à haut niveau de preuve, contexte français, mise à jour semestrielle.
Veille des recommandations
- Loeb JN. The influence of temperature on the solubility of monosodium urate. Arthritis Rheum. 1972;15(2):189-192. doi:10.1002/art.1780150209
- Dalbeth N, Choi HK, Terkeltaub R, et al. Consensus G-CAN sur les recommandations de la goutte. Nat Rev Rheumatol. 2017;13(9):561-568. doi:10.1038/nrrheum.2017.126Saturation 6,8 mg/dL (405 µmol/L) à 37 °C ; 6,0 mg/dL (360) à 35 °C.
- Neogi T, Jansen TLTA, Dalbeth N, et al. 2015 Gout Classification Criteria (ACR/EULAR). Arthritis Rheumatol. 2015;67(10):2557-2568. doi:10.1002/art.39254Diagnostic ; cristaux = examen de référence ; uricémie à distance de la crise.
- Campion EW, Glynn RJ, DeLabry LO. Asymptomatic hyperuricemia. Normative Aging Study. Am J Med. 1987;82(3):421-426. PMID:3826098
- Dalbeth N, Phipps-Green A, Frampton C, et al. Serum urate concentration and incident gout. Ann Rheum Dis. 2018;77(7):1048-1052. doi:10.1136/annrheumdis-2017-212288
- Hall AP, Barry PE, Dawber TR, McNamara PM. Epidemiology of gout and hyperuricemia (Framingham). Am J Med. 1967;42(1):27-37. doi:10.1016/0002-9343(67)90004-6
- Dalbeth N, Merriman TR, Stamp LK. Gout. Lancet. 2016;388(10055):2039-2052. doi:10.1016/S0140-6736(16)00346-9Revue : sous-excrétion ~90 %, génétique (ABCG2, SLC2A9), comorbidités.
- Terkeltaub RA, Furst DE, Bennett K, et al. High versus low dosing of oral colchicine for early acute gout flare (AGREE). Arthritis Rheum. 2010;62(4):1060-1068. doi:10.1002/art.27327
- Juraschek SP, Gelber AC, Choi HK, Appel LJ, Miller ER 3rd. Effects of the DASH Diet on Serum Uric Acid. Arthritis Rheumatol. 2016;68(12):3002-3009. doi:10.1002/art.39813
- FitzGerald JD, Dalbeth N, Mikuls T, et al. 2020 ACR Guideline for the Management of Gout. Arthritis Care Res. 2020;72(6):744-760. PMID:32391934 · doi:10.1002/acr.24180Indications, force GRADE, NNT, cible < 6 mg/dL, allopurinol 1ʳᵉ intention, HLA-B*58:01, losartan, ULT pendant la crise.
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- Doria A, Galecki AT, Spino C, et al. Serum Urate Lowering with Allopurinol and Kidney Function in Type 1 Diabetes (PERL). N Engl J Med. 2020;382(26):2493-2503. doi:10.1056/NEJMoa1916624
- Kimura K, Hosoya T, Uchida S, et al. Febuxostat Therapy for Stage 3 CKD and Asymptomatic Hyperuricemia (FEATHER). Am J Kidney Dis. 2018;72(6):798-810. doi:10.1053/j.ajkd.2018.06.028
- Hershfield MS, Callaghan JT, Tassaneeyakul W, et al. CPIC guidelines for HLA-B genotype and allopurinol dosing. Clin Pharmacol Ther. 2013;93(2):153-158. doi:10.1038/clpt.2012.209
- White WB, Saag KG, Becker MA, et al. Cardiovascular Safety of Febuxostat or Allopurinol (CARES). N Engl J Med. 2018;378(13):1200-1210. doi:10.1056/NEJMoa1710895
- Mackenzie IS, Ford I, Nuki G, et al. Long-term cardiovascular safety of febuxostat vs allopurinol (FAST). Lancet. 2020;396(10264):1745-1757. doi:10.1016/S0140-6736(20)32234-0
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- Pearle MS, Goldfarb DS, Assimos DG, et al. Medical management of kidney stones: AUA guideline. J Urol. 2014;192(2):316-324. doi:10.1016/j.juro.2014.05.006
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- Kramer HJ, Choi HK, Atkinson K, Stampfer M, Curhan GC. Gout and nephrolithiasis in men (HPFS). Kidney Int. 2003;64(3):1022-1026. doi:10.1046/j.1523-1755.2003.00170.x
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- Choi HK, Atkinson K, Karlson EW, Willett W, Curhan G. Purine-rich foods, dairy and protein intake, and the risk of gout in men. N Engl J Med. 2004;350(11):1093-1103. doi:10.1056/NEJMoa035700Viande RR 1,41 ; fruits de mer 1,51 ; laitages 0,56 ; purines végétales neutres.
- Choi HK, Curhan G. Soft drinks, fructose consumption, and the risk of gout in men. BMJ. 2008;336(7639):309-312. doi:10.1136/bmj.39449.819271.BE
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- Bardin T, Bouée S, Clerson P, et al. Prevalence of gout in the adult population of France. Arthritis Care Res. 2016;68(2):261-266. doi:10.1002/acr.22660Prévalence française de la goutte ~0,9 %.
- Jordan DM, Choi HK, Verbanck M, et al. No causal effects of serum urate levels on the risk of CKD: a Mendelian randomization study. PLoS Med. 2019;16(1):e1002725. doi:10.1371/journal.pmed.1002725
- White J, Sofat R, Hemani G, et al. Plasma urate concentration and risk of coronary heart disease: Mendelian randomisation. Lancet Diabetes Endocrinol. 2016;4(4):327-336. PMID:26781229
- Zhu Y, Pandya BJ, Choi HK. Prevalence of gout and hyperuricemia in the US (NHANES 2007-2008). Arthritis Rheum. 2011;63(10):3136-3141. doi:10.1002/art.30520Goutte 3,9 % ; hyperuricémie 21,4 %.
- Latourte A, Pascart T, Flipo RM, et al. Recommandations 2020 de la Société française de rhumatologie pour la prise en charge de la goutte : traitement des crises de goutte. Rev Rhum. 2020;87(5):324-331. doi:10.1016/j.rhum.2020.07.008Référence française : crise < 12 h, colchicine/AINS/corticoïdes en 1ʳᵉ ligne, anti-IL-1 en 2ᵉ ligne, éducation.
- Pascart T, Latourte A, Flipo RM, et al. Recommandations de la Société française de rhumatologie pour la prise en charge de la goutte : le traitement hypo-uricémiant. Rev Rhum. 2020;87(5):332-341. doi:10.1016/j.rhum.2020.07.009Référence française : treat-to-target, cibles < 360 / < 300 µmol/L, allopurinol 1ʳᵉ intention, prophylaxie ; choix selon le rein : DFG 30–60, allopurinol avec prudence ; DFG < 30, allopurinol à éviter, fébuxostat de préférence (version anglaise : Joint Bone Spine 2020;87(5):395-404, PMID:32422338).
- Inker LA, Eneanya ND, Coresh J, et al. New Creatinine- and Cystatin C-Based Equations to Estimate GFR without Race. N Engl J Med. 2021;385(19):1737-1749. doi:10.1056/NEJMoa2102953Équation CKD-EPI 2021 utilisée pour estimer le DFG.
- ANSM — Base de données publique des médicaments. Colchicine Opocalcium 1 mg, résumé des caractéristiques du produit, § 4.2 et 4.3 (révision du 19/12/2025). base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/68066715/extraitAccès aigu : 1 mg puis 0,5 mg 1 h plus tard, puis 0,5 mg 2-3 fois/j ; prophylaxie 0,5-1 mg/j ; IR modérée 0,5 mg un jour sur deux ; contre-indications : clairance < 30 mL/min, macrolides (sauf spiramycine), pristinamycine.
- Roddy E, Clarkson K, Blagojevic-Bucknall M, et al. Open-label randomised pragmatic trial (CONTACT) comparing naproxen and low-dose colchicine for the treatment of gout flares in primary care. Ann Rheum Dis. 2020;79(2):276-284. doi:10.1136/annrheumdis-2019-216154
- Agence européenne des médicaments (EMA) ; ANSM. Fébuxostat (Adenuric et génériques) : augmentation du risque de décès cardiovasculaire et de décès toutes causes dans l'essai CARES — lettre aux professionnels de santé, juin 2019. ema.europa.eu/en/medicines/human/EPAR/adenuric
- ANSM — Base de données publique des médicaments. ZYLORIC 100 mg (allopurinol), résumé des caractéristiques du produit, § 4.2 à 4.5 (mise à jour du 12/12/2024). base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/64148136/extraitContre-indiqué en association avec l'azathioprine et la mercaptopurine (§ 4.3 ; « associations contre-indiquées », § 4.5 ; cas d'issue fatale, § 4.4) ; dose maximale selon la clairance de la créatinine (§ 4.2) ; insuffisance rénale chronique et diurétiques thiazidiques : risque accru de SSJ/NET et d'hypersensibilité grave (§ 4.4).
- ANSM — Base de données publique des médicaments. FEBUXOSTAT ALMUS 120 mg, résumé des caractéristiques du produit, § 4.2 à 4.5 (mise à jour du 07/11/2022). base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr/medicament/61045113/extraitSeule contre-indication : hypersensibilité (§ 4.3) ; association à la mercaptopurine / azathioprine « non recommandée » (§ 4.4 et 4.5) ; insuffisance rénale sévère : efficacité et tolérance pas totalement évaluées (§ 4.2).