Rhumatologie · gestes au cabinet · anatomie palpatoire

Infiltrer au cabinet
les repères, le geste, et ce qu'il y a juste à côté

Une épaule qui ne dort plus, un pouce qui accroche, un talon qui brûle au premier pas : l'infiltration fait partie des gestes que le généraliste peut proposer, à condition de savoir ce qu'il traverse. Pour chaque geste, cette fiche donne les repères qu'on palpe, la technique décrite et évaluée, les structures à quelques millimètres de l'aiguille, et ce que les essais disent vraiment du bénéfice. Les modèles 3D se tournent à la main.

Fiche d'origine : Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — publiée sur au-cabinet.fr, site partagé avec le Dr Jonathan Favre.
Os et muscles des modèles 3D : BodyParts3D (licence CC BY-SA 2.1 JP) ; nerfs, vaisseaux et cibles : tracés schématiques de la fiche. Aide au geste pour MG et internes : ne remplace ni la formation pratique, ni l'examen, ni l'avis du rhumatologue quand la fiche le demande.
Première version : 2026-09-19Dernière révision : 2026-09-19Adaptation : 2026-09-23
Avant de piquer
00 — L'essentiel

L'essentiel en une minute

Huit idées qui valent pour tous les gestes, puis la carte des infiltrations de la fiche, chacune avec ce qu'elle apporte et ce qu'elle frôle.

La carte des gestes

01 — Décider

Infiltrer ou pas

Les contre-indications, les terrains qui demandent une précaution, et un outil qui fait le point avant le geste.

Les contre-indications

Les terrains qui demandent une précaution

SituationCe que disent les sourcesEn pratique
Antiagrégant (y compris double)Ponction ou infiltration des articulations périphériques hors hanche et gestes péri-articulaires : risque faible, maintien (accord d'experts, chez le coronarien)8.On n'arrête pas.
AVKActes de rhumatologie à faible risque hémorragique (péri-articulaire, articulations périphériques hors hanche, canalaire superficiel) : possibles à INR entre 2 et 3, après avoir vérifié l'absence de surdosage9. EULAR : pas une contre-indication sauf risque hémorragique élevé7 ; 1 saignement notable sur 640 gestes sous warfarine12.INR récent entre 2 et 3 (cible plus haute pour certaines valves mécaniques : avis). Hors AMM6 : voir l'encadré ci-dessous.
Anticoagulant oral directAucun saignement sur 1 050 gestes consécutifs13. Pour les actes programmés à faible risque hémorragique (c'est le cas des infiltrations périphériques hors hanche dans la classification de la HAS9), le GIHP propose de ne prendre l'anticoagulant ni la veille au soir ni le matin du geste, puis de le reprendre à l'heure habituelle, au moins 6 heures après1014. À l'épaule, la HAS retient un arrêt de 24 heures avant et une reprise au moins 6 heures après1.Sauter la prise de la veille au soir et celle du matin (épaule : 24 heures). Hors AMM : voir l'encadré ci-dessous.
DiabèteLa glycémie monte chez la plupart des diabétiques, surtout entre 24 et 72 heures ; des pics à 5 g/L (27,8 mmol/L) ont été décrits15. Retour à la normale en 2,5 à 4 jours au genou16 ; hausse plus forte si l'HbA1c est élevée1718.Prévenir ; surveiller la glycémie du 1er au 3e jour7.
Prothèse ou chirurgie prévueAu moins 3 mois avant une arthroplastie7, genou19 comme hanche20 ; à l'épaule, risque infectieux accru si arthroscopie ou arthroplastie dans les 3 mois21. Dans un genou déjà prothésé : une infection pour 625 injections22.Demander si une chirurgie est prévue ; ne jamais infiltrer une prothèse au cabinet.
Grossesse, allaitementLes corticoïdes par voie locale « peuvent être utilisés, quelles que soient la molécule et sa voie d'administration » ; allaitement possible ; lidocaïne utilisable23.Possible ; limiter les volumes d'alcool benzylique6.
Vaccin vivant« La corticothérapie inhalée ou administrée localement n'est pas une contre-indication aux vaccins vivants atténués », sauf association à un autre immunosuppresseur24.Une infiltration isolée ne contre-indique pas le vaccin.
Ritonavir (y compris dans le Paxlovid®), cobicistat, antifongique azolé puissantSyndrome de Cushing puis insuffisance surrénale après une seule injection de 40 mg de triamcinolone chez des patients sous ritonavir25. Les autres inhibiteurs puissants du CYP3A4 partagent le mécanisme (extension non documentée par des cas dans les sources lues).Avis spécialisé ; éviter la triamcinolone.
Sportif en compétitionToute injection de glucocorticoïde est interdite en compétition. Délai avant la période de compétition : 3 jours, et 10 jours pour la prednisolone, l'acétonide et l'hexacétonide de triamcinolone (Hydrocortancyl®, Kenacort®, Hexatrione®)26.Respecter le délai ; garder un compte rendu détaillé (autorisation d'usage thérapeutique possible a posteriori)26.

Infiltrer sous anticoagulant, c'est prescrire hors AMM. Les RCP contre-indiquent l'usage local du corticoïde en cas de « traitement anticoagulant en cours »6, alors que les recommandations l'admettent7910. Le Code de la santé publique n'autorise une prescription non conforme à l'AMM qu'en l'absence d'alternative appropriée et si le médecin la juge indispensable ; il faut alors informer le patient et porter sur l'ordonnance la mention « Prescription hors autorisation de mise sur le marché »11. L'application de ce texte à une contre-indication de RCP est notre lecture ; les antiagrégants, eux, ne sont pas visés par cette contre-indication.

Et le travail ? Canal carpien, De Quervain, épaule, coude, genou : les troubles musculo-squelettiques représentent plus de 80 % des maladies professionnelles reconnues, surtout au titre du tableau 5727. L'infiltration soulage ; l'exposition reste. Interroger sur le poste, penser à la déclaration de maladie professionnelle et au lien avec le médecin du travail.

Combien, et à quel rythme ?

La règle « pas plus de 3 à 4 injections par an dans la même articulation » est un avis d'experts : EULAR la dit « based on no research evidence »7. Tremblay retient 3 mois entre deux infiltrations intra-articulaires, et note l'absence de consensus pour les tissus mous5. À l'épaule, la HAS retient une ou deux infiltrations espacées d'au moins 3 semaines1. La vraie règle est plus simple : on ne répète que si la précédente a soulagé, par décision partagée7.

Outil : faire le point avant le geste

Répondre aux questions. L'outil ne décide pas à votre place : il rappelle ce qui doit arrêter, ce qui demande une précaution, et produit un texte à coller dans le dossier.

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02 — Produits

Produits, doses et aiguilles

Ce qui existe vraiment en France au 19 septembre 2026, ce que chaque produit a le droit de faire, et comment traduire « 40 mg de méthylprednisolone » d'un livre québécois.

L'Altim® n'existe plus. Le cortivazol a cessé d'être produit en 2017 après un incident chez le fabricant28 ; il n'est plus dans la base publique des médicaments6. Les fiches et protocoles anciens qui le citent sont à mettre à jour.

SpécialitéFormeVoies autoriséesPosologie locale (RCP)Au 19/09/2026
Depo-Medrol® 40 mg/1 mL
acétate de méthylprednisolone
suspensionintra- et péri-articulaire, intralésionnelle1/10 à 2 mL selon le lieudisponible ; non remboursable, prix libre
Diprostène®
bétaméthasone 5 + 2 mg/mL
mixte, seringue préremplieintra- et péri-articulaire, intralésionnelle¼ à 2 mL selon la taille et le siègetension, retour prévu fin octobre 202629 ; remboursé à 65 %
Célestène Chronodose®
bétaméthasone 5,7 mg/mL
mixte, ampouleintra- et péri-articulaire, intralésionnelle½ à 2 ampoulesdisponible ; remboursé à 65 %
Hydrocortancyl® 2,5 %
acétate de prednisolone 25 mg/mL
suspension, flacon de 5 mLintra- et péri-articulaire½ à 2 mL ; jamais plus de 2 mL par injectiondisponible ; remboursé à 65 %
Kenacort Retard® 40 mg/1 mL
acétonide de triamcinolone
suspension retardintra-articulaire, intralésionnelle ; pas péri-articulaire10 mg (petites articulations) à 40 mg (grosses) ; « ne pas injecter en intratendineux »tension en ville, retour prévu au 3e trimestre 202729 ; remboursé à 65 %
Hexatrione® 2 %
hexacétonide de triamcinolone 20 mg/mL
suspensionintra-articulaire stricte ; contre-indiquée dans les gaines et les enthèses0,5 à 2 mL (10 à 40 mg)remise à disposition le 16/03/2026 ; remboursé à 65 %
Dexaméthasone 4 mg/1 mL
phosphate, solution
solubleselon le laboratoire : certaines sans voie intra-articulaire4 à 8 mg ; 2 mg pour une petite articulationdisponible

Source : RCP et fichiers de la base de données publique des médicaments lus le 19/09/20266. Les disponibilités changent vite : vérifier la page de l'ANSM29. Le produit le plus souvent cité par les livres, le Depo-Medrol®, n'est pas remboursé ; Célestène Chronodose® et Hydrocortancyl®, remboursés, ont la voie péri-articulaire. Tous les RCP demandent d'éviter l'injection trop superficielle (atrophie sous-cutanée) et imposent une asepsie rigoureuse ; flacons et ampoules s'utilisent immédiatement après ouverture, pour un seul patient.

Suspension ou solution, et ce que ça change

Traduire une dose

Les livres donnent souvent « 1 mL de méthylprednisolone à 40 mg/mL ». Équivalences anti-inflammatoires tirées des RCP (5 mg de prednisone = 4 mg de méthylprednisolone = 0,75 mg de bétaméthasone = 0,75 mg de dexaméthasone = 4 mg de triamcinolone = 5 mg de prednisolone)6 :

1 mLDepo-Medrol® (40 mg)
≈ 1 mLDiprostène® (7 mg)
≈ 1,3 mLCélestène Chronodose®
2 mLHydrocortancyl® (50 mg)
1 mLKenacort Retard® (40 mg)
2 mLHexatrione® (40 mg)

Calcul de la fiche à partir des équivalences des RCP. Ce sont des équivalences d'effet général : elles ne disent rien de la durée d'action locale, qui dépend surtout de la solubilité.

La lidocaïne

Les aiguilles

CalibreDiamètreCouleur (ISO 6009)Utilisée dans la fiche pour
27 G0,4 mmgrisdoigt à ressaut, Morton (16 mm)
25 G0,5 mmorangecanal carpien, De Quervain, acromio-claviculaire, trochanter, patte d'oie, talon (25 à 38 mm)
23 G0,6 mmbleualternative au canal carpien
22 G0,7 mmnoirépaule, genou (38 mm)
21 G0,8 mmvertponction d'un épanchement épais

Correspondance calibre, diamètre et couleur : norme ISO 600933. Longueurs de Tremblay converties (1 pouce = 25,4 mm ; 1½ po = 38 mm ; ⅝ po = 16 mm)5. La profondeur augmente avec le poids et l'IMC34.

03 — Le geste commun

Le geste, du lavage des mains au compte rendu

La même séquence pour tous les sites. Ce qui a changé depuis les protocoles « en quatre temps » : la détersion n'est plus systématique.

Avant

Ce que le patient apporte

En ville, le patient achète souvent le produit et le matériel. Exemple d'ordonnance, à adapter au geste :

Célestène Chronodose® 5,7 mg/1 mL, suspension injectable : 1 ampoule (ou Hydrocortancyl® 2,5 % : 1 flacon)
Seringue stérile de 2 mL : 2
Aiguilles : 25 G (orange) 0,5 × 38 mm : 2
Antiseptique alcoolique (chlorhexidine ou povidone iodée) : 1 flacon
Compresses stériles : 1 boîte

Célestène Chronodose® et Hydrocortancyl® sont remboursés et ont la voie péri-articulaire ; Depo-Medrol® ne l'est pas6. Adapter l'aiguille au site (tableau ci-dessus) et vérifier la disponibilité du jour29.

L'asepsie

Beaucoup de fiches d'information plus anciennes décrivent encore une asepsie en cinq temps (savon, rinçage, séchage, antiseptique, séchage) et citent l'Altim®. Les deux sont dépassés : la SF2H ne recommande plus la détersion systématique35, et l'Altim® n'existe plus28.

La séquence

  1. Repérage et marquage du point d'entrée.
  2. Lavage des mains.
  3. Asepsie cutanée, séchage complet.
  4. Insertion de l'aiguille, lente, sans hésiter.
  5. Aspiration : ne pas injecter dans un vaisseau, et retirer le liquide articulaire s'il y en a (il part en analyse si besoin).
  6. Injection lente et aisée, sans résistance.
  7. Retrait, pansement propre avec une légère pression.

D'après le tableau 13.1 de Tremblay5. L'injection « en étoile », qui balaie plusieurs directions, n'apporte rien et abîme davantage les tissus5.

Après

Outil : compte rendu d'infiltration

À remplir pendant ou juste après le geste, puis à coller dans le dossier. Contenu proposé d'après l'obligation de prouver l'information délivrée11, les recommandations de la Société française de rhumatologie (2023), dont l'une porte sur le compte rendu et discute la mention du numéro de lot40, et la HAS pour l'épaule1.

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04 — Épaule · bourse sous-acromio-deltoïdienne

La bourse sous-acromiale

Conflit sous-acromial, tendinopathie de la coiffe, bursite : c'est le geste le plus fréquent en médecine générale, et celui dont on surestime le plus la durée d'effet. Bénéfice court : 3 à 8 semaines

Pour quiDouleur sous-acromiale qui persiste malgré antalgiques et rééducation. Radiographie avant le geste pour écarter un autre diagnostic1.
Ce qu'on peut promettreUn soulagement de 3 à 8 semaines (grade B)1. Pas mieux qu'un placebo à 3 mois41, rien à 12 mois42.
PositionAssis, épaule dénudée, bras ballant le long du corps, main posée sur la cuisse5.
Aiguille22 G noire, 0,7 × 38 mm5, ou 25 G orange, 0,5 × 38 mm43.
ProduitMéthylprednisolone 40 mg (Depo-Medrol® 1 mL)5, ou Diprostène® (RCP : ¼ à 2 mL selon le siège)6. Un anesthésique peut être injecté dans le même temps1, mais pas mélangé dans la même seringue : les RCP l'excluent (produits). Pas d'Hexatrione® ni de Kenacort® : hors AMM dans la bourse1.
Le piège n° 1La coiffe, juste sous la bourse. Si le piston résiste, on est dans le tendon : on n'injecte pas.

Os et muscles d'un sujet réel (BodyParts3D) ; bourse, nerfs et vaisseaux tracés schématiquement. Tourner le modèle, masquer la peau ou les muscles, enfoncer l'aiguille avec le curseur.

Repères et geste

Voie latérale, celle du livre de Tremblay
  1. Palper le bord latéral de l'acromion, puis son rebord inférieur. Juste dessous se trouve le sillon entre l'acromion et la tête humérale5.
  2. Piquer dans ce sillon. L'aiguille est horizontale, légèrement inclinée vers l'arrière, comme pour viser la 7e vertèbre cervicale5.
  3. L'aiguille avance dans les parties molles sans buter sur l'os5. Aspirer, puis injecter lentement : le produit doit passer sans résistance.
  4. Si l'acromion plonge et que l'aiguille bute dessus, piquer un peu plus bas et orienter de quelques degrés vers le haut5.
Voie postérieure
  1. Palper les bords distal, latéral et postérieur de l'acromion jusqu'à son angle postéro-latéral43.
  2. Piquer juste sous cet angle, en direction du mamelon opposé43.
  3. Le produit doit couler librement, sans résistance ni douleur notable43.

Aucune voie n'a fait la preuve de sa supériorité, ni le volume, ni le repérage par imagerie : le choix revient à l'opérateur (grade B)1. À l'aveugle, on atteint la bourse environ 7 fois sur 10, entre 29 % et 83 % selon les études4445464748.

Ce qu'il y a juste à côté et le signe qui dit qu'on s'en approche
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Coiffe des rotateurs (supra-épineux)Juste sous la bourse. Sur cadavre, 7 injections sur 24 étaient dans la coiffe45.Résistance au piston. Après une injection bourse + coiffe, la douleur augmente47.Ne pas forcer : réorienter légèrement jusqu'à ce que le liquide passe facilement5.
DeltoïdeAu-dessus de la bourse. Par voie latérale, 21 % des injections y restent46.Aucun signe fiable décrit : l'aiguille est simplement trop peu enfoncée.Traverser franchement le muscle, sous l'acromion.
AcromionAu-dessus de la cible.On bute sur l'os trop tôt.Entrer un peu plus bas, viser légèrement vers le haut5.
Nerf axillaire et artère circonflexe humérale postérieureSous le deltoïde, autour du col chirurgical : en moyenne 4,9 cm sous le bord postérieur de l'acromion et 6,1 cm sous son bord antérieur49. À moins de 5 cm chez environ 20 % des sujets, jusqu'à 3,1 cm. L'abduction à 90° rapproche le nerf d'environ 30 %50.Décharge dans le moignon de l'épaule ou le bras.Bras le long du corps, aiguille sous l'acromion : ne pas piquer plus bas, ne pas viser vers le bas (déduit des distances)
Vaisseau—Sang au reflux.Aspirer avant d'injecter543 ; retirer et réorienter.

Les erreurs classiques

Ce que disent les essais

Après le geste : repos relatif 48 heures, puis reprise de la rééducation, qui reste le traitement de fond. Rédiger un compte rendu (site, technique, produit)1.

05 — Épaule · articulation gléno-humérale

L'articulation gléno-humérale (capsulite)

Une épaule limitée en passif, la rotation externe d'abord : c'est l'articulation qu'il faut viser, pas la bourse. Bénéfice démontré à court terme

Pour quiCapsulite rétractile, idéalement de moins d'un an55. Perte d'amplitude : rotation externe > abduction > rotation interne ; une monoarthrite peut se déguiser en capsulite5.
Ce qu'on peut promettreLa seule intervention supérieure aux autres à court terme (≤ 12 semaines) : environ 1 point de douleur sur 10 de mieux que le placebo55. Mieux à 6 semaines et 3 mois, pareil à 12 mois56.
PositionAssis, bras le long du corps, main sur la cuisse5 ; épaule en rotation externe pour Tallia43.
Aiguille22 G noire, 0,7 × 38 mm5. La profondeur augmente avec la corpulence34 : prévoir plus long chez le patient fort.
ProduitMéthylprednisolone 40 mg5. Triamcinolone acétonide : 20 mg font aussi bien que 40 mg57. Hexatrione® et Kenacort® sont autorisés en intra-articulaire6 (Kenacort® en tension d'approvisionnement en ville en 202629).
Le piège n° 1Par voie antérieure : le plexus brachial et les vaisseaux axillaires, en dedans et sous la coracoïde5.

Repères et geste

Voie postérieure, la plus simple
  1. Repérer l'angle postéro-latéral de l'acromion, à la jonction du bord de l'acromion et de l'épine de la scapula5.
  2. Piquer 2 cm sous ce point5. Tallia dit 2 à 3 cm43 : rester plutôt à 2 cm, à cause du nerf axillaire (voir plus bas).
  3. Diriger l'aiguille vers la pointe de la coracoïde543 (on peut la repérer de l'autre main, en avant).
  4. Avancer jusqu'au contact de la tête humérale ou de l'interligne5. Aspirer, puis injecter lentement mais d'une pression régulière43.
Voie antérieure, pour ponctionner
  1. Patient assis ou allongé, bras le long du corps5.
  2. Palper la coracoïde. Piquer 1 cm en dessous et en dehors d'elle, perpendiculairement à la peau5. Tallia dirige l'aiguille en arrière, un peu en haut et en dehors43.
  3. Avancer jusqu'au contact de la tête humérale. Si l'on touche l'os, reculer et réorienter43.
  4. C'est la voie à préférer pour retirer du liquide, qui s'accumule en avant ; elle est un peu plus douloureuse5.

Être dans l'articulation est moins fréquent qu'on ne le croit. À l'aveugle, la voie postérieure y parvient une fois sur deux (50 % sur cadavre58, 45,7 % chez le vivant59), la voie antérieure entre 27 % et 65 % chez le vivant5960. Même les praticiens expérimentés ne savent pas prédire leur réussite59. Dans une étude, l'amélioration ne dépendait pas de la précision61.

Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Nerf supra-scapulaire (voie postérieure)À l'échancrure spino-glénoïdale, environ 2 cm en dedans du rebord postérieur de la glène62.Décharge vers l'omoplate ou l'épaule ; os touché très en dedans (col de la glène).Garder la coracoïde comme cible : ne pas dériver en dedans.
Nerf axillaire et artère circonflexe postérieureSous le deltoïde, en moyenne 4,9 cm sous le bord postérieur de l'acromion49, parfois 3,1 cm seulement50. Avec une entrée 2 cm sous l'angle, il reste en moyenne environ 3 cm, mais à peine 1 cm chez les sujets où le nerf est le plus haut ; à 3 cm, cette marge disparaît (calcul).Décharge dans le moignon de l'épaule.Ne pas piquer plus bas, ne pas viser vers le bas, bras le long du corps.
Plexus brachial et vaisseaux axillaires (voie antérieure)En dedans et sous la coracoïde5. Depuis la pointe de la coracoïde : faisceau latéral du plexus à 28,5 mm, nerf axillaire à 30,3 mm, nerf musculo-cutané à 33 mm, artère axillaire à 36,8 mm (cadavres)63.Décharge dans le bras ou la main ; sang rouge au reflux.Rester en dehors de la coracoïde, ne jamais dériver en dedans : c'est l'erreur la plus fréquente de cette voie60.
Veine céphalique (voie antérieure)Dans le sillon delto-pectoral64, à 18,8 mm en moyenne d'une voie d'arthroscopie antérieure ; blessée une fois dans cette série65.Sang sombre, non pulsatile.Retirer, comprimer, repiquer un peu plus en dehors.

Les erreurs classiques

Et si l'on infiltre une capsulite en sous-acromial ? Ce n'est pas une faute, juste un peu moins efficace pendant les 2 à 3 premières semaines, sans différence ensuite666768. Pour le diabétique (fréquent dans la capsulite), la glycémie à jeun monte le lendemain et revient à la normale en 7 jours69.

06 — Épaule · acromio-claviculaire

L'acromio-claviculaire

Douleur au sommet de l'épaule, qu'on montre du doigt : le plus petit interligne de la fiche, et le plus souvent manqué. Preuve faible : séries, aucun essai contre placebo

Pour quiArthropathie acromio-claviculaire douloureuse. Aucune recommandation d'infiltration AC dans la HAS 20231.
Ce qu'on peut promettrePeu de chose de sûr. Pas d'essai contre placebo retrouvé ; les preuves sont limitées70. Effet moyen de 20 jours dans une série71, bénéfice encore présent à 5 ans dans une autre72.
PositionAssis ou allongé, bras le long du corps43.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 25 à 38 mm43.
ProduitPetit volume : 0,25 à 0,5 mL de corticoïde, avec 0,5 mL de lidocaïne 1 % dans la technique américaine43 (en France, seringues séparées : le mélange est hors RCP6). Pas d'Hexatrione® (reflux, calcifications, atrophie cutanée)6.
Le piège n° 1Aller trop profond, dans la bourse sous-acromiale, qui est juste dessous : le test anesthésique devient trompeur45.

Repères et geste

  1. Suivre la clavicule en dehors jusqu'à son extrémité : une petite dépression marque l'interligne43.
  2. Piquer par le haut et l'avant, aiguille dirigée vers le bas43.
  3. Si l'aiguille bute sur l'os dès l'entrée, c'est le plus souvent l'acromion (erreur trop latérale, la plus fréquente)73 : ramener l'aiguille par petits pas vers l'interligne.
  4. Injecter lentement un petit volume43. L'interligne est étroit : après 60 ans, un espace de 0,5 mm ou moins est normal74.

Ne pas confondre. Le « V » entre la face postérieure de la clavicule et l'épine de la scapula, en dedans de l'acromion, n'est pas l'acromio-claviculaire : c'est la voie supéro-médiale (de Neviaser) vers l'articulation gléno-humérale75.

Précision à l'aveugle : environ 4 fois sur 10 chez le patient (36,5 % à 43,3 %)7677, 39,4 % dans une autre série, où l'aiguille partait trop en dehors dans 31,8 % des cas73. L'expérience n'y change presque rien78. Rater l'interligne de peu n'efface probablement pas l'effet : l'injection péri-articulaire fait presque aussi bien que l'intra-articulaire à 3 semaines79.

Ce qu'il y a juste à côté
StructureOùLe signe d'alerteComment l'éviter
Espace sous-acromial et supra-épineuxJuste sous l'articulation. Des ostéophytes AC pointant vers le bas sont associés aux ruptures du supra-épineux80.Aiguille qui s'enfonce loin sans contact.L'articulation est superficielle77 : ne pas aller profond.
PeauJuste au-dessus.—Ne pas injecter trop superficiellement : risque d'atrophie sous-cutanée6.
Gros nerfs et vaisseauxAucun n'est décrit au contact de l'interligne dans les sources lues.—Ce n'est pas une preuve d'absence de risque.
07 — Poignet · canal carpien

Le canal carpien

Paresthésies nocturnes des trois premiers doigts, sans déficit : l'infiltration soulage vite, souvent pour quelques mois, et retarde plus souvent qu'elle n'évite la chirurgie. Bénéfice démontré jusqu'à 3 à 6 mois

Pour quiSyndrome léger ou modéré. Traitement conservateur en première intention s'il n'y a pas de signe de gravité : trouble objectif de la sensibilité, faiblesse ou amyotrophie thénarienne, perte axonale81. L'ENMG n'est pas systématique avant une infiltration82.
Ce qu'on peut promettreMieux que le placebo jusqu'à 3 et 6 mois, un peu moins de chirurgie à un an3. En médecine générale, 3 patients à traiter pour un succès, mais une récidive chez 49 % des répondeurs dans l'année83.
PositionAssis ou allongé, avant-bras et main en supination sur la table. Prévenir de la possible décharge et demander de ne pas retirer la main brusquement5.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 38 mm5 ; 23 ou 25 G dans l'essai INSTINCTS84.
ProduitMéthylprednisolone 20 à 40 mg (0,5 à 1 mL de Depo-Medrol®)584. 20, 40 et 60 mg ne diffèrent pas à un an85. Pas de Kenacort® : il n'a pas la voie péri-articulaire6.
Le piège n° 1Le nerf médian, qui déborde souvent le long palmaire côté ulnaire. Une décharge pendant l'insertion : on retire.

Cocher « Coupe » et déplacer le plan : on voit le canal en coupe transversale, le nerf juste sous le rétinaculum.

Où piquer : trois écoles, aucune démontrée supérieure

Point d'entréeCe qu'on exposeD'où ça vient
Bord ulnaire du long palmaire, juste au-dessus du pli du poignetLe nerf médian : transpercé 4 fois sur 15 au cadavre, aiguille à 1,3 mm du nerf en moyenne86Tremblay5, essais en médecine générale83, HAS 2013 (qui s'appuie sur un avis, pas sur une étude)82
Bord ulnaire du fléchisseur radial du carpe (FRC), ou à travers son tendonMédian plus loin (4,8 mm en moyenne, 1 fois transpercé sur 15), mais le rameau cutané palmaire est alors à 1,7 mm86Chirurgiens de la main, mesures au cours de 93 libérations8788
Entre long palmaire et FRC, 4 cm au-dessus du pli (en amont du canal)—Essai randomisé en double aveugle, aiguille 0,7 × 30 mm89

Aucune technique n'a démontré sa supériorité dans un essai. Piquer 2 à 3 cm sous le pli n'est pas moins efficace mais fait plus mal90. La fiche décrit la technique des essais faits en médecine générale, avec sa règle d'arrêt.

Repères et geste

  1. Faire saillir le long palmaire : pouce contre auriculaire, poignet légèrement fléchi. Il manque chez environ 1 personne sur 5 (20 % en moyenne, 26 % chez les Caucasiens)91. S'il est absent, repérer le FRC, toujours palpable, ou piquer dans l'axe de la 3e commissure82.
  2. Piquer au bord ulnaire du long palmaire, juste au-dessus du pli de flexion du poignet583.
  3. Incliner l'aiguille vers la main : 45° pour Tremblay, 10 à 20° dans l'essai en médecine générale583. Avancer lentement d'environ 1 à 1,5 cm5. Une autre équipe place l'entrée dans l'axe du fléchisseur superficiel de l'annulaire, d'où le conseil courant de « viser l'annulaire »92.
  4. Paresthésie ou décharge : retirer, puis réorienter légèrement côté ulnaire5. N'injecter qu'en l'absence de paresthésie8392.
  5. Mobiliser doucement les doigts du patient : si l'aiguille bouge, elle est contre un tendon. La retirer et recommencer5.
  6. Injecter sans forcer. Si ça résiste, reculer de quelques millimètres89.

Lidocaïne ou pas ? Deux avis opposés. Pour les uns, l'engourdissement qui suit confirme le bon placement89. Pour les autres, mieux vaut s'en passer pour garder intact le signal d'alarme du nerf32. Aucun essai ne tranche.

Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Nerf médianSous le long palmaire, et souvent au-delà côté ulnaire : 14 % au pli proximal, 36 % à l'entrée du canal (IRM de 784 poignets)93, jusqu'à 88 % dans une série d'opérés87.Décharge électrique ou paresthésies dans les trois premiers doigts. Après le geste : paresthésies immédiates, ou symptômes aggravés au-delà de 48 h, font suspecter une injection intraneurale : avis chirurgical rapide94.Avancer lentement, s'arrêter à la moindre paresthésie, ne jamais injecter contre une résistance.
Rameau cutané palmaire du médianNaît du bord radial du médian, environ 4,6 cm au-dessus du pli distal95, et chemine entre long palmaire et FRC96. À 9,5 mm de l'aiguille par la technique du long palmaire, 1,7 mm par celle du FRC86.Brûlure ou fourmillement de la base du pouce (éminence thénar).C'est le prix d'un point d'entrée trop radial.
Nerf et artère ulnaires (canal de Guyon)Plus en dedans, contre le pisiforme. Distance au long palmaire non chiffrée dans les sources lues ; des lésions du nerf ulnaire après infiltration sont rapportées9297.Paresthésie du 4e et du 5e doigt ; sang rouge.Ne pas dériver franchement côté ulnaire : « more ulnarly, there is risk to the ulnar pedicle »87.
Tendons fléchisseursDans le canal, sous le nerf.L'aiguille bouge quand on mobilise les doigts ; résistance.Retirer et recommencer5.

Ce que disent les essais

À dire au patient : la main peut être plus douloureuse quelques jours (46 % dans INSTINCTS, plus de 3 jours chez un tiers d'entre eux), des bouffées de chaleur sont possibles (15 %), une modification de la peau au point de piqûre est rare (3 %)84. Chez le diabétique, la glycémie monte chez 8 patients sur 10 et redevient normale en 5 jours17.

08 — Poignet · ténosynovite de De Quervain

De Quervain

Douleur du bord radial du poignet, réveillée par l'inclinaison ulnaire, pouce replié (manœuvres de Finkelstein et d'Eichhoff) : l'infiltration est très efficace, mais la peau fine du poignet paie parfois le prix. Bénéfice démontré : 2 patients à traiter pour 1 succès

Pour quiTénosynovite du 1er compartiment des extenseurs : long abducteur et court extenseur du pouce.
Ce qu'on peut promettreEn médecine générale, réponse chez 78 % contre 25 % sous placebo104. Symptômes résolus chez 82 % à 6 semaines, sans récidive chez 52 % à un an105.
PositionAssis ou allongé, avant-bras et main posés sur la table5, bord radial vers le haut.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 38 mm5.
Produit0,5 à 1 mL de méthylprednisolone à 40 mg/mL5 ; triamcinolone acétonide 10 mg dans l'essai en médecine générale104, mais en France ni Kenacort® (pas de voie péri-articulaire) ni Hexatrione® (contre-indiqué dans les gaines)6.
Le piège n° 1La branche superficielle du nerf radial, à 4 mm du compartiment106, et la peau (atrophie, tache claire).

Repères et geste

  1. Repérer la styloïde radiale et, juste au-dessus, les deux tendons du 1er compartiment : on les fait saillir en écartant le pouce. Chercher le point le plus douloureux.
  2. Palper l'artère radiale avant de piquer5.
  3. Piquer à hauteur de la tabatière anatomique, aiguille dirigée vers l'avant-bras, presque parallèle à la peau, pour entrer « en enfilade » dans la gaine commune5 : sur les tendons du 1er compartiment, qui forment le bord antérieur de la tabatière, jamais au fond de la tabatière, où passe l'artère radiale. Variante des essais en médecine générale : le long du tendon, juste au-dessus ou au-dessous de la styloïde, au point le plus douloureux104.
  4. L'injection doit se faire aisément5.
  5. Une cloison sépare souvent le court extenseur : elle existe chez 62 % des patients opérés107, et le court extenseur est manqué 13 fois sur 19 à l'aveugle108 ; sur cadavre, son sous-compartiment n'est atteint que 2 fois sur 27 sans échographie109. Des auteurs conseillent de viser les deux tendons séparément110.
  6. Une orthèse du pouce peut suivre pendant 2 à 4 semaines5 : infiltration et immobilisation font mieux que l'infiltration seule111.
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Branche superficielle du nerf radialDevient sous-cutanée environ 9 cm au-dessus de la styloïde et se divise vers 5 cm ; ses branches passent à 4 mm en moyenne du centre du 1er compartiment106. Première branche à 4,9 cm au-dessus de la styloïde, 4,9 mm côté radial du compartiment112.Décharge vers le dos du pouce et de l'index, son territoire106.Retirer ; rester dans l'axe des tendons, sans balayer latéralement.
Artère radialeDans la tabatière anatomique ; près de la styloïde, elle accompagne une branche nerveuse sensitive dans 72 % des cas112.Sang rouge, battements transmis à l'aiguille.La palper et la marquer avant de piquer5.
Veine céphaliqueRecouvre la branche nerveuse dans 80 % des cas112.Sang sombre.La voir sous la peau, l'éviter.
Peau et graisse sous-cutanéeTrès fines à cet endroit.Des mois plus tard : creux, peau claire, parfois en traînée le long des lymphatiques113114.Ne pas injecter trop superficiellement ; prévenir avant le geste (la tache claire se voit davantage sur peau foncée).

Ce que disent les essais

09 — Main · doigt et pouce à ressaut

Le doigt (et le pouce) à ressaut

Le doigt accroche en se dépliant, un nodule roule sous la paume : la poulie A1 est trop étroite pour le tendon. Bénéfice démontré : 3 patients à traiter pour 1 succès

Pour quiDoigt ou pouce à ressaut (ténosynovite sténosante des fléchisseurs à la poulie A1).
Ce qu'on peut promettreMieux que la lidocaïne seule à 4 semaines120. 45 % de guérison durable après une seule injection ; à 10 ans, 56 % chez une femme à son premier doigt, 35 % chez un homme4. Moins efficace chez le diabétique121.
PositionAssis ou allongé, main en supination sur la table5.
Aiguille27 G grise, 0,4 × 16 mm5.
Produit0,5 à 1 mL de méthylprednisolone à 40 mg/mL5 ; triamcinolone acétonide 10 mg dans l'essai en médecine générale122, mais en France le Kenacort® n'a pas la voie péri-articulaire6.
Le piège n° 1Les pédicules digitaux de part et d'autre du tendon ; au pouce, le nerf digital radial qui croise la poulie.

Repères

Le geste

  1. Piquer sur le nodule, en regard de la tête métacarpienne (repères ci-dessus), sur la ligne médiane du tendon, aiguille à 45° pointée vers le doigt. Tremblay place l'entrée « un centimètre proximalement par rapport à la base du doigt »5.
  2. Avancer jusqu'à une légère résistance5.
  3. Mobiliser doucement le doigt : si l'aiguille bouge, elle est dans le tendon. La retirer légèrement5.
  4. Injecter sans résistance5.

Inutile de chercher la gaine à tout prix. Injecter dans la gaine ou juste sous la peau donne les mêmes résultats125126127. Ce qui compte : ne pas être dans le tendon, et rester dans l'axe pour épargner les pédicules. Injecter en arrière des tendons, sur la première phalange, fait aussi bien128.

Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Pédicules digitaux palmaires (doigts longs)De part et d'autre de la gaine. Index : 8,5 mm côté radial, 6,2 mm côté ulnaire. Auriculaire : 5,4 et 6,7 mm129. Distances non publiées pour le majeur et l'annulaire.Décharge dans le bord du doigt.Piquer strictement sur la ligne médiane du doigt.
Nerf digital radial du pouceCroise en oblique le long fléchisseur et passe à 2,7 mm en moyenne (0 à 12,9 mm) du bord proximal de A1. Le nerf ulnaire longe la poulie à 5,4 mm. Les deux sont à 1 à 4 mm de la peau, les artères en arrière d'eux124.Décharge dans le bord radial du pouce.Piquer exactement dans l'axe du long fléchisseur, sans dériver côté radial.
Tendons fléchisseursSous la poulie.L'aiguille bouge quand le doigt bouge ; forte résistance.Reculer légèrement5.

Ce que disent les essais

10 — Main · rhizarthrose

La rhizarthrose : pourquoi s'abstenir

La base du pouce est souvent demandée. Mais dans les deux essais contre placebo, le corticoïde n'a pas fait mieux que l'injection de sérum. Pas mieux que le placebo

Si l'on infiltre malgré tout, pour une poussée et après avoir informé le patient, voici ce qu'il faut savoir de l'anatomie.

  1. L'interligne trapézo-métacarpien est à environ 2,4 cm sous le bord distal de la styloïde radiale136.
  2. Exercer une traction longitudinale sur le pouce : elle ouvre l'interligne en aval de l'artère radiale136.
  3. Piquer dans l'interligne, juste en arrière du tendon du court extenseur du pouce136.
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Artère radiale7,6 mm en arrière du court extenseur au niveau de l'interligne136 ; 2,7 mm d'une voie d'arthroscopie voisine137.Sang rouge, battements transmis à l'aiguille.Palper l'artère ; rester collé au tendon ; traction sur le pouce.
Branche superficielle du nerf radialSa première branche passe en avant du long abducteur dans 84 % des cas, dessus dans 16 %136.Décharge vers le dos du pouce.Retirer et réorienter.

Même bien placé, le produit fuit dans les tissus mous dans 25 % des cas138 : prévenir du risque de tache claire ou de creux.

Membre inférieur
11 — Genou · ponction et infiltration

Le genou

Poussée d'arthrose avec épanchement, ou genou gonflé à étiqueter : le geste le plus sûr de la fiche, et le seul où l'on peut vérifier qu'on est dedans, puisque le liquide revient dans la seringue. Bénéfice court : surtout 1 à 6 semaines

Pour quiPoussée congestive d'arthrose : douleur plus inflammatoire, épanchement139. Un épanchement non étiqueté se ponctionne et s'analyse avant toute infiltration5.
Ce qu'on peut promettreEn moyenne 1 point de moins sur 10 ; 8 patients à traiter pour un succès. Effet modéré à 1-2 semaines, petit à 4-6 semaines, faible à 3 mois, nul à 6 mois (preuves de faible qualité)2.
PositionAllongé sur le dos, genou en extension, un coussin sous le genou s'il ne s'étend pas complètement5.
Aiguille22 G noire, 0,7 × 38 mm5. Plus gros calibre pour évacuer un épanchement épais : c'est l'usage, sans étude comparative.
ProduitTriamcinolone acétonide 40 mg (Kenacort Retard® 1 mL)5 ou hexacétonide 40 mg (Hexatrione® 2 mL)6 ; la méthylprednisolone 40 mg fait aussi bien que l'hexacétonide31. 80 mg ne font pas mieux que 40 mg140.
Le piège n° 1Infiltrer une arthrite septique non reconnue. Liquide trouble ou fièvre : on n'injecte pas, on analyse.

Quelle voie ? La précision à l'aveugle

VoieGenouPrécision à l'aveugle
Supéro-latéraleen extension91 % (revue de 9 études)141 ; 87 % (23 publications)142
Latérale médio-patellaireen extension85 %141 ; 93 % sur 240 injections de genoux sans épanchement143
Antéro-médialefléchi à 90°72 à 75 %141143
Antéro-latéralefléchi à 90°67 à 71 %141143
Médio-patellaire médialeen extension64 %142

Au total, environ une injection à l'aveugle sur cinq tombe à côté, et l'expérience améliore la précision142.

Repères et geste

Voie latérale ou supéro-latérale, patient allongé
  1. Repérer le pôle supérieur et les bords de la rotule. Palper l'espace entre le bord latéral de la rotule et le condyle ; on l'élargit en poussant la rotule vers le côté où l'on pique5.
  2. Voie latérale : piquer juste sous le bord de la rotule, à la jonction de son tiers moyen et de son tiers supérieur, aiguille parallèle au sol5. Voie supéro-latérale : piquer au bord latéral du tendon quadricipital, environ 1 cm au-dessus du bord supérieur de la rotule, vers le cul-de-sac sous-quadricipital144.
  3. Aspirer en avançant. Le liquide synovial confirme la position57. Évacuer l'épanchement avant d'injecter : les rechutes étaient moins fréquentes après ponction dans une série de polyarthrites145.
  4. Pas de liquide malgré un épanchement évident ? Retirer lentement en gardant l'aspiration : le liquide vient souvent au retrait. Sinon, réorienter vers le haut, vers le cul-de-sac5.
  5. Genou sec : demander au patient de contracter le quadriceps pendant la ponction supéro-latérale. La précision passe de 80 % à 93 %144.
  6. Changer de seringue sans bouger l'aiguille, puis injecter : le produit doit passer sans résistance5.
Voie antérieure, patient assis, genou fléchi à 90°
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Branche infrapatellaire du nerf saphène (voies médiales)Trajet très variable, sans zone sûre définie146. Elle croise obliquement la face antéro-médiale, puis passe devant le tendon rotulien ; elle dépasse son bord latéral chez 36 % des sujets147.Décharge ou brûlure sous la rotule, à la face antéro-médiale.Préférer la voie latérale ; en voie antéro-médiale, rester collé au tendon rotulien147.
Cul-de-sac sous-quadricipital (la cible)Genou sec : 0,8 mm d'épaisseur au repos, 2,1 mm quadriceps contracté144.Rien ne revient, le piston résiste.Contraction du quadriceps pendant le geste144.
Corps adipeux infra-patellaire (Hoffa, voie antérieure)Derrière le tendon rotulien.Résistance, pas de liquide.Viser le centre de l'articulation143.
Tendon rotulienEn avant.—On ne l'infiltre jamais : 7 ruptures chez des haltérophiles infiltrés à plusieurs reprises dans le tendon148.

Les erreurs classiques

Les recommandations internationales retiennent l'infiltration de corticoïdes dans la gonarthrose : niveau 1B ou 2 selon les comorbidités pour l'OARSI153, recommandation forte pour l'ACR154.

Et l'acide hyaluronique ? Déremboursé en France depuis 2017155. Face au corticoïde, il fait moins bien à 2 semaines, autant à 4, un peu mieux à 12156. Les recommandations américaines le déconseillent au genou (recommandation conditionnelle)154 ; la Société française de rhumatologie considère que corticoïde ou acide hyaluronique « peuvent être proposés »157.

Après le geste : éviter de solliciter le genou pendant 24 heures, sans l'immobiliser7. Dans les synovites inflammatoires, 24 heures d'alitement strict améliorent le résultat39.

12 — Hanche · grand trochanter

Le grand trochanter

Douleur de la face latérale de la hanche, qui empêche de dormir sur le côté : le plus souvent une tendinopathie des fessiers, plus qu'une simple « bursite ». Bénéfice net à 1-3 mois, nul à un an

Pour quiSyndrome douloureux du grand trochanter, après échec du repos relatif, des antalgiques et de la kinésithérapie5.
Ce qu'on peut promettreEn médecine générale : 55 % de guéris à 3 mois contre 34 %, 5 patients à traiter pour un succès ; 61 % contre 60 % à un an158.
PositionCouché sur le côté sain, hanche légèrement fléchie5.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 38 mm5. Chez le patient obèse, prévoir plus long (aucune donnée publiée sur la profondeur).
ProduitMéthylprednisolone 40 mg (Depo-Medrol® 1 mL)5. C'est un geste péri-articulaire : ni Kenacort®, ni Hexatrione®, qui n'ont pas cette voie6.
Le piège n° 1Le nerf sciatique, environ 4 cm en dedans et en arrière du relief du trochanter : on vise toujours l'os.

Repères et geste

  1. Palper le grand trochanter et le point le plus douloureux sur sa face latérale. La bourse est directement contre l'os5.
  2. Aiguille perpendiculaire à la peau, jusqu'au contact osseux5.
  3. Reculer d'un millimètre, aspirer, injecter5.
  4. Pas de contact osseux à la profondeur attendue ? L'aiguille est trop en arrière ou trop en avant, ou le tissu graisseux est épais : ressortir et repalper, ne pas avancer en aveugle.
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Nerf sciatiqueEntre l'ischion et le grand trochanter. Sur 31 cadavres, son bord latéral est à 42 % de la distance ischion-trochanter en partant de l'ischion159, soit environ 4 cm en dedans et en arrière du relief latéral du trochanter (calcul sur une ligne de 7 cm).Décharge vers l'arrière de la cuisse ou la jambe.Rester sur la face latérale et toucher l'os : le danger vient d'une piqûre trop postérieure qui ne rencontre pas d'os.
Nerf cutané latéral de la cuisseSon point de conflit habituel est en dedans de l'épine iliaque antéro-supérieure, loin du point de ponction ; aucune distance au trochanter n'est publiée.Brûlure de la face latérale de la cuisse.—

Ce que disent les essais

À retenir : un geste pour passer un cap, à associer à l'éducation et au renforcement des fessiers, jamais à la place.

13 — Genou · patte d'oie

La patte d'oie

Douleur exquise à la face antéro-médiale du tibia, sous l'interligne : le diagnostic est plus fragile qu'il n'y paraît, et le produit n'atteint presque jamais la bourse à l'aveugle. Preuve faible : aucun essai contre placebo

Pour quiBursite ou tendinopathie de la patte d'oie, après avoir cherché une gonarthrose médiale ou une lésion méniscale : chez des arthrosiques avec un tableau clinique évocateur, l'échographie ne confirmait l'atteinte que chez 2 patients (8,7 % selon l'article)164.
Ce qu'on peut promettreUn soulagement à court terme dans de petits essais comparatifs à risque de biais165166. Haut taux de récidive5.
PositionAllongé sur le dos, genou en extension5.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 38 mm5.
ProduitMéthylprednisolone 40 mg5 ; produits à voie péri-articulaire seulement6.
Le piège n° 1Croire qu'on a traité la bourse : à l'aveugle, elle est atteinte 2 fois sur 12 sur cadavre167.

Repères et geste

  1. Repérer la bourse à environ 2 cm sous le plateau tibial interne, sur la face antéro-médiale du tibia, là où la palpation est exquise5 (le même livre donne ailleurs 2 à 5 cm sous l'interligne).
  2. Aiguille perpendiculaire à la peau jusqu'au contact de l'os, reculer d'un millimètre, injecter5.
  3. Si le piston résiste, l'aiguille est probablement dans un tendon : reculer.
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOùLe signe d'alerteComment l'éviter
Branches du nerf saphèneDans la région : après prélèvement chirurgical des tendons de la patte d'oie, 12 à 84 % des patients gardent une hypoesthésie ou des dysesthésies168. Aucune distance au point d'injection n'est publiée.Décharge vers la face médiale de la jambe.Retirer et repiquer un peu plus en avant.
Tendons (sartorius, gracile, semi-tendineux)Au-dessus de la bourse.Résistance au piston.Aller jusqu'à l'os, reculer d'un millimètre5.
14 — Pied · talon

Le talon : fasciite plantaire (« épine calcanéenne »)

Douleur du talon au premier pas du matin. L'infiltration soulage un mois au mieux, et son prix possible est une rupture du fascia : c'est un geste de dernier recours. L'« épine » de la radiographie n'est pas la cible. Bénéfice ≤ 1 mois Risque de rupture

Pour quiTalalgie plantaire rebelle, après étirements spécifiques du fascia, talonnière, orthèses5.
Ce qu'on peut promettrePeut-être un léger soulagement jusqu'à un mois, rien ensuite (Cochrane, preuves de très faible qualité)169. Une autre méta-analyse ne le distingue pas du placebo170 ; un essai trouve un bénéfice jusqu'à 12 semaines, sans différence entre injection guidée et non guidée171.
PositionPour la voie médiale : pied posé sur sa face latérale, bord médial du talon vers le haut. Voie plantaire du livre : à plat ventre5.
Aiguille25 G orange, 0,5 × 38 mm5.
Produit0,5 à 1 mL de méthylprednisolone à 40 mg/mL5 ; dans les essais, dexaméthasone 4 mg172, bétaméthasone 7 mg (1 mL)173. Voie péri-articulaire seulement6.
Le piège n° 1Injecter dans le fascia ou répéter les injections : ruptures, souvent chez des patients injectés plusieurs fois174175.

Voie médiale ou plantaire ?

Aucun essai ne les compare. Le livre de Tremblay pique à travers la sole, perpendiculairement, jusqu'au contact de l'os, puis recule d'un millimètre5. La voie médiale évite la peau plantaire épaisse et le coussinet graisseux ; une étude scintigraphique situe le foyer inflammatoire en dedans et en arrière, sous le calcanéus, et propose d'injecter par le bord médial du talon, en arrière du point douloureux176. La fiche décrit la voie médiale, par choix anatomique et pratique, pas parce qu'un essai l'aurait montrée supérieure.

  1. Palper le point douloureux à la face plantaire du talon, en regard du tubercule médial du calcanéus.
  2. Piquer sur le bord médial du talon, à la limite entre peau fine et peau plantaire, un peu en arrière du point douloureux176.
  3. Avancer presque horizontalement vers le dehors, le long du bord inférieur du calcanéus, jusqu'au contact de l'insertion du fascia.
  4. Injecter au contact du fascia, pas dedans : une résistance franche signe une injection dans le fascia ou le coussinet, il faut reculer.
  5. Ne pas remonter vers le milieu du talon : le nerf de Baxter passe environ 1 cm au-dessus du fascia177.

Anesthésier d'abord le nerf tibial n'améliore pas le confort du geste178.

Ce qu'il y a juste à côté
StructureOù, à quelle distanceLe signe d'alerteComment l'éviter
Nerfs calcanéens médiauxNaissent du nerf tibial près de la malléole médiale, puis cheminent sous la peau, sur le fascia de l'abducteur de l'hallux, à 1,5 mm de lui en moyenne179. Un à quatre nerfs selon les pieds180 ; ils se terminent dans le coussinet du talon181.Brûlure ou décharge dans le talon.Traverser franchement le plan sous-cutané ; retirer si décharge.
Nerf de Baxter (1re branche du nerf plantaire latéral)Entre l'abducteur de l'hallux et le carré plantaire, à 1,2 cm en moyenne au-dessus du fascia plantaire177.Paresthésies de la plante, côté latéral.Viser le bord inférieur du calcanéus, au contact de l'insertion du fascia.
Nerf tibial et artère tibiale postérieureDans le tunnel tarsien, derrière la malléole médiale ; la division en nerfs plantaires se fait à moins d'1 cm de l'axe malléole-calcanéus dans 90 % des pieds182. Distance au point d'injection non publiée.Décharge plantaire ; sang.Piquer bas sur le talon, jamais près de la malléole.
Le fascia lui-mêmeLa cible est à son contact.Résistance franche au piston.Reculer ; ne pas répéter les injections.
Coussinet graisseux plantaireSous le calcanéus. Ses propriétés mécaniques n'avaient pas changé 3 mois après une injection échoguidée183.—C'est un argument de plus pour la voie médiale.

La rupture du fascia : ce que valent les chiffres

Avant d'en arriver là

15 — Pied · névrome de Morton

Le névrome de Morton

Brûlure ou décharge entre deux orteils, « comme un caillou dans la chaussure » : l'avant-pied a peu de graisse à perdre, et la preuve d'efficacité est discordante. Bénéfice incertain

Pour quiSyndrome de Morton qui gêne malgré le chaussage large.
Ce qu'on peut promettreUn essai randomisé (aiguille placée sous échographie) trouve un gain à 1 et 3 mois189, un autre rien à 3 et 6 mois190. Cochrane : peu ou pas de différence avec l'anesthésique seul (faible certitude)191.
PositionAllongé sur le dos5.
Aiguille27 G grise, 0,4 × 16 mm5.
Produit0,5 à 1 mL de méthylprednisolone à 40 mg/mL5 ; 40 mg dans l'essai positif189. Voie péri-articulaire seulement6.
Le piège n° 1La peau et le coussinet plantaire : atrophie et dépigmentation, 12,7 % sans guidage contre 4,9 % avec191.

Repères et geste

  1. Repérer le point le plus douloureux dans l'espace entre les deux têtes métatarsiennes5.
  2. Voie dorsale, aiguille perpendiculaire à la peau, en visant ce point5.
  3. Viser entre les têtes, un peu en avant d'elles, vers la commissure : le névrome siège en avant du ligament intermétatarsien profond, là où le nerf se divise, environ 15 mm en avant de son bord192.
  4. Injecter assez profond pour que le produit ne reflue pas sous la peau193.
Ce qu'il y a juste à côté
StructureOùLe signe d'alerteComment l'éviter
Peau dorsaleSur le trajet.Une bosse blanche sous la peau : le produit est trop superficiel. Plaque d'atrophie et d'hyperpigmentation décrite 2 à 3 semaines plus tard193.Injecter en profondeur193.
Coussinet graisseux plantaireSous les têtes métatarsiennes.Des semaines plus tard : appui douloureux, sensation de marcher sur l'os. Atrophie bilatérale grave rapportée194.Ne pas traverser jusqu'à la plante ; ne pas répéter.
Nerfs digitaux dorsauxSur le dos du pied ; aucune distance publiée.Décharge vers les orteils dès l'entrée.Retirer et réorienter.

Dans une série échoguidée, 66 % des névromes allaient bien à 9 mois et 31 % ont fini opérés195.

En cas d'échec : l'injection échoguidée soulage probablement mieux que l'injection à l'aveugle (certitude modérée)191, même si un essai n'a pas vu de différence196. Adresser plutôt que répéter.

Limites
16 — S'abstenir

Ce qu'on n'infiltre pas (ou plus) en ville

Certains gestes sont faciles et pourtant mauvais : ils soulagent vite, puis font moins bien que l'attente, ou exposent à une complication que le bénéfice ne justifie pas.

L'épicondylite latérale : soulage vite, fait moins bien ensuite

Ce n'est pas une contre-indication, c'est un mauvais premier choix. Si on infiltre quand même, prévenir qu'une récidive dans l'année survient dans environ un cas sur deux200. En Australie, le taux d'infiltration du « tennis elbow » par les généralistes n'a pas bougé en 15 ans malgré ces essais201.

Les tendons porteurs : tendon calcanéen, tendon rotulien

Les bourses olécrânienne et prépatellaire

La hanche, le rachis, les sacro-iliaques : sous imagerie

Une articulation prothésée

Une infection pour 625 injections dans un genou prothésé22, davantage d'infections et de révisions150 : on n'infiltre pas une prothèse au cabinet, on adresse.

L'infiltration « pour voir »

Et encore

17 — Complications

Complications : reconnaître, réagir

La plupart sont bénignes et prévisibles ; une seule est urgente, et elle se présente au 3e ou 4e jour, pas le soir même.

ComplicationFréquenceQuand et commentConduite
Arthrite septiqueSelon la méthode : 1 pour 77 300 injections dans une enquête déclarative auprès de rhumatologues libéraux français36 ; 0,037 % (environ 1 pour 2 700) après ponction en Islande219 ; 0,08 % (environ 1 pour 1 250), ponctions comprises, au Danemark220Douleur qui augmente progressivement, gonflement, fièvre, 3 à 4 jours après5.Urgence : avis et ponction le jour même, avant tout antibiotique.
Réaction inflammatoire post-injection (« flare »)4 % à 35 % selon la définition et le produit221222 ; 33 % après injection de la main117Dans les heures qui suivent ; résolution en 24 heures selon Tremblay5, en 3,9 jours en moyenne dans une série à l'épaule222.Glace, antalgique ; rassurer. Elle se distingue de l'infection par sa précocité.
Bouffée vasomotrice (flush)Fréquente (15 % dans un essai au canal carpien)84Rougeur du visage, parfois céphalée, qui « disparaissent habituellement en un jour ou deux »6.Non allergique : n'interdit pas une nouvelle infiltration5.
HyperglycémieChez la plupart des diabétiques15Surtout entre 24 et 72 heures.Surveillance J1-J37, ajustement de l'insuline si besoin.
Freination de l'axe corticotropeCortisol bas chez 48 % au lendemain223 ; insuffisance surrénale transitoire chez 25 % après 80 mg au genou224, 60 % après deux genoux le même jour, encore 10 % à 8 semaines225Transitoire, en général 1 à 4 semaines.Éviter les injections multiples le même jour ; y penser devant une asthénie ou un stress aigu dans les semaines qui suivent.
Atrophie graisseuse, dépigmentationEffets listés par les RCP6 ; après infiltration d'un Morton, 3,9 % d'atrophie cutanée et 3,9 % de dépigmentation191Creux ou tache claire en quelques semaines.Prévenir avant ; injecter assez profond ; ne pas répéter.
Rupture tendineuse1 sur 991 patients infiltrés dans les essais sur les tendinopathies199—Jamais en intratendineux ; tendons porteurs exclus. Risque accru sous fluoroquinolone6.
Malaise vagal3 malaises chez 69 patients dans l'essai en médecine générale au canal carpien83 ; 0,2 % pour les articulations périphériques sous scopie, en centre spécialisé226Pendant ou juste après le geste.Installer le patient allongé, ou pouvant s'allonger7.
Lésion nerveuseCas rapportés, surtout au canal carpien329294Décharge pendant le geste ; paresthésies immédiates ou aggravation au-delà de 48 heures.Avis chirurgical rapide94.

Tremblay donne « moins d'une fois sur 3000 » pour l'infection, sans référence5 : c'est l'ordre de grandeur des registres nordiques, bien au-dessus de l'enquête française. Il écrit aussi que l'infiltration n'agit pas sur l'axe corticotrope : c'est contredit par les études citées ici.

18 — Cotation

Coter l'acte

Depuis le 1er janvier 2026, l'infiltration et l'évacuation d'un épanchement se cumulent avec la consultation du généraliste à taux plein. Les tarifs ci-dessous sont recoupés sur trois sources ; ameli, inaccessible aux robots, reste à vérifier avant de facturer.

CodeLibellé CCAMTarif 2026 (secteur 1)Cumul avec G
MZLB001Injection thérapeutique d'agent pharmacologique dans une articulation ou une bourse séreuse du membre supérieur, par voie transcutanée sans guidage27,30 €oui
NZLB001Même acte, membre inférieur32,20 €oui
MZJB001Évacuation de collection articulaire du membre supérieur, par voie transcutanée sans guidage83,60 €oui
NZJB001Évacuation de collection articulaire du membre inférieur, par voie transcutanée sans guidage63,00 €oui
AHLB006Infiltration thérapeutique du nerf médian dans le canal carpien30,80 €absent des listes de cumul

Tarifs à effet du 01/01/2026 d'après medshake.net, iccam.fr et la plaquette MG France 2026 ; règle de cumul d'après les syndicats (CSMF, SML, MG France) ; texte officiel non lu227.

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19 — Idées reçues

Idées reçues

Chez les patients, et parfois chez les médecins.

« Pas plus de trois infiltrations par an. »
C'est un avis d'experts, pas un résultat d'étude : EULAR écrit que la règle des 3 ou 4 injections par an et par articulation est « based on no research evidence »7. Les RCP ne concordent même pas entre eux6. La règle utile est ailleurs : on ne répète que si la précédente a vraiment soulagé7, en espaçant les injections intra-articulaires d'environ 3 mois5.
« L'infiltration abîme le cartilage. »
Les données qui inquiètent portent sur des injections répétées. Des injections systématiques tous les 3 mois pendant 2 ans ont réduit un peu plus l'épaisseur du cartilage à l'IRM (0,11 mm), sans soulager davantage151 ; un essai plus ancien, au même rythme, ne trouvait pas de pincement radiologique supplémentaire152. Les études d'observation qui associent infiltrations et aggravation228 ne peuvent pas séparer l'effet du produit de celui d'une arthrose plus douloureuse.
« Sous échographie, c'est plus efficace. »
L'échographie améliore la précision, pas forcément le résultat. À l'épaule, 19 essais ne montrent pas de bénéfice cliniquement important53, et le corticoïde injecté dans la fesse fait aussi bien que dans la bourse54. Elle garde un intérêt après un échec au De Quervain118 ou dans le Morton191.
« La cortisone infiltrée reste sur place. »
Elle passe dans le sang : cortisol abaissé chez près de la moitié des patients le lendemain223, insuffisance surrénale transitoire chez un quart après 80 mg au genou224, glycémie qui monte chez les diabétiques15. Avec le ritonavir, une seule injection a suffi à provoquer un syndrome de Cushing25.
« Si ça soulage, c'est guéri. »
Dans l'épicondylite, le soulagement rapide est suivi de 54 % de récidives dans l'année200. Au talon, le soulagement peut même venir de la rupture du fascia174. L'infiltration calme ; la rééducation, le temps ou la chirurgie traitent.
« Il faut garder l'articulation au repos complet. »
EULAR conseille d'éviter de solliciter l'articulation 24 heures, mais déconseille l'immobilisation7. Au poignet et au coude, les attelles n'apportent rien3738. Seule exception étayée : 24 heures d'alitement après infiltration d'un genou inflammatoire39.
« Si l'infiltration marche, c'est que le diagnostic était bon. »
Non : une part de l'effet est générale54, l'effet placebo d'une injection est grand213, et « le médecin ne doit pas utiliser l'infiltration de corticostéroïdes comme une épreuve diagnostique »5.
« Une infiltration qui fait mal est mal placée. »
Aucune étude ne relie la douleur ressentie pendant le geste à la position de l'aiguille. Le signal qui compte est la résistance au piston, que sent le médecin : le produit doit passer « aisément et sans résistance »5. À l'épaule, en revanche, une injection partie aussi dans la coiffe augmentait la douleur dans les suites47.
« On ne peut pas infiltrer sous anticoagulant. »
Les recommandations l'admettent sauf risque hémorragique élevé7, et la HAS autorise les actes de rhumatologie à faible risque sous AVK avec un INR entre 2 et 39. Aucun saignement sur 1 050 gestes sous anticoagulant oral direct13, qu'on suspend brièvement (ni la veille au soir ni le matin du geste)10. Mais les RCP français le contre-indiquent6 : c'est une prescription hors AMM, à expliquer au patient, à motiver et à tracer11. Les antiagrégants, eux, se poursuivent8.
20 — Fiche patient

Fiche patient : après votre infiltration

Choisissez le geste et cochez ce qui concerne le patient : la fiche s'adapte, en langage simple, prête à imprimer ou à copier.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet : tout se passe sur votre appareil.
Ressources
21 — Lexique

Lexique

Les termes soulignés en pointillé dans la page ouvrent la même définition au clic.

22 — En savoir plus

Histoire, géographie, évolution

D'où vient ce geste, qui le fait, et pourquoi ces articulations-là : un regard plus large, sourcé comme le reste, mais qui ne change pas la conduite.

Histoire : de la cortisone miracle aux essais qui déçoivent

Géographie : qui infiltre, et où

Évolution : pourquoi ces articulations-là ? (hypothèses)

Aucun des travaux ci-dessous n'établit de lien de cause avec les maladies qu'on infiltre. Ils décrivent des structures devenues très sollicitées au cours de l'évolution humaine, ce qui rend l'hypothèse d'un décalage (« mismatch ») entre notre corps et nos usages plausible, sans la prouver.

23 — Sources

Sources et méthode

Comment cette page a été écrite. Sujet, besoin clinique et cahier des charges : Dr Michaël Rochoy. Rédaction et recherche des sources assistées par une intelligence artificielle, selon un protocole de vérification automatique : chaque référence résolue une à une sur sa notice officielle, contrôle de la numérotation, banc de tests des trois outils interactifs et des modèles 3D. Une relecture à contexte frais, elle aussi automatisée, a été faite sous sept angles et ses corrections intégrées. Aucune relecture humaine indépendante à ce jour : les repères et les techniques décrits ici ne remplacent pas l'apprentissage du geste auprès d'un praticien qui le pratique.

Méthode. Cinq dossiers de sources ont été constitués le 19 septembre 2026, un par bloc (socle commun, épaule, poignet et main, membre inférieur, gestes à éviter et histoire). Chaque référence PubMed a été contrôlée sur sa notice officielle (auteur, année, revue, volume, pages) et la bibliographie ci-dessous est reconstruite automatiquement depuis PubMed. Chaque chiffre vient du résumé ou du texte intégral de l'article cité. Les textes officiels (RCP, HAS, SF2H, ANSM, Code de la santé publique) ont été lus en texte brut. Les traités EMC et AKOS ont servi de carte pour trouver les sources primaires ; ils ne sont pas cités.

Livre de référence technique : Tremblay, L'examen musculosquelettique, chapitre 13. Il est québécois : ses produits ont été traduits en spécialités françaises et ses aiguilles converties en millimètres. Ses longueurs d'aiguille ont été relues sur les pages scannées, car l'OCR les déformait (« 14 po » pour 1½ po). Deux de ses affirmations sont contredites par des études primaires et ne sont pas reprises : l'absence d'effet sur l'axe corticotrope, et l'infiltration de la fasciite sans mention du risque de rupture. Son risque infectieux « inférieur à 1 sur 3000 » n'est pas sourcé ; les chiffres publiés vont de 1 sur 77 000 à 1 sur 1 250 selon la méthode.

Réserves.

  • Les recommandations de la Société française de rhumatologie de 2023 (13 recommandations) n'ont été lues qu'en résumé : le texte intégral est sous abonnement.
  • Relecture à contexte frais sous sept casquettes le 19/09/2026 : trois points bloquants corrigés (règle GIHP des anticoagulants oraux directs, troubles de l'hémostase dans l'outil, phrases de la fiche patient), ainsi que les doses maximales de l'outil de compte rendu, le statut non remboursé du Depo-Medrol®, les délais antidopage et la dimension professionnelle.
  • Les tarifs CCAM 2026 sont recoupés sur trois sources non officielles ; la règle de cumul avec la consultation, sur quatre sources syndicales. Ils sont à confirmer sur ameli.
  • Plusieurs distances manquent dans la littérature : nerf cutané latéral de la cuisse et trochanter, branches du saphène et patte d'oie, profondeur de la cible dans le Morton. La fiche le dit à chaque fois.
  • Les chiffres d'atrophie et de dépigmentation propres au De Quervain ne figurent que dans une revue secondaire. Ils ne sont pas repris.
  • Le point d'entrée au canal carpien fait débat : aucune technique n'a été démontrée supérieure. La fiche décrit celle des essais en médecine générale et signale ses limites.

Modèles 3D. Os et muscles : BodyParts3D, © The Database Center for Life Science, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 2.1 Japan246. Les maillages ont été découpés et simplifiés, et les modèles dérivés restent sous la même licence. Nerfs, vaisseaux, bourses, gaines, cibles et aiguilles sont des tracés schématiques placés d'après les repères et les distances publiés cités dans la fiche. Il s'agit d'un seul sujet adulte : ces modèles ne remplacent pas la palpation.

Pour Zotero, Mendeley ou EndNote. Chaque référence peut aussi être ajoutée par son PMID ou son DOI.

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  5. Tremblay JL. L'examen musculosquelettique. 2e éd. Montréal : Presses de l'Université de Montréal ; 2014. Chapitre 13, « Ponctions articulaires et infiltrations », p. 345-354 (longueurs d'aiguille relues sur les pages scannées), et chapitres régionaux. ISBN 978-2-7606-3436-7
  6. Base de données publique des médicaments (ANSM, HAS). Résumés des caractéristiques du produit : Depo-Medrol 40 mg/1 mL, Diprostène seringue préremplie, Célestène Chronodose, Célestène 4 mg/1 mL, Hydrocortancyl 2,5 %, Kenacort Retard 40 mg/1 mL, Hexatrione 2 %, dexaméthasones 4 mg/1 mL, Xylocaïne et Lidocaïne Aguettant sans conservateur ; fichiers CIS, CIP et disponibilités. Consultés et téléchargés le 19/09/2026. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  7. Uson J, Rodriguez-García SC, Castellanos-Moreira R, et al. EULAR recommendations for intra-articular therapies. Ann Rheum Dis. 2021;80(10):1299-1305. doi:10.1136/annrheumdis-2021-220266 · PMID 34035002
  8. Haute Autorité de santé, Société française de rhumatologie. Antiagrégants plaquettaires : prise en compte des risques thrombotique et hémorragique pour les gestes percutanés chez le coronarien. Novembre 2013. has-sante.fr
  9. Haute Autorité de santé, Groupe d'étude sur l'hémostase et la thrombose. Prise en charge des surdosages, des situations à risque hémorragique et des accidents hémorragiques chez les patients traités par antivitamines K en ville et en milieu hospitalier. Avril 2008, § 4.1 et annexe 1. has-sante.fr
  10. Groupe d'intérêt en hémostase périopératoire (GIHP). Gestion des anticoagulants oraux directs pour la chirurgie et les actes invasifs programmés : propositions réactualisées. Septembre 2015, § 2.2 et 2.4. sfar.org (PDF)
  11. Code de la santé publique, articles L1111-2, L1111-4, L5121-12-1 (VI), L5121-12-1-2, R4127-35, R4127-36 et R4127-45 (versions en vigueur au 19/09/2026, lues sur le miroir XML de Légifrance). Légifrance
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