Santé mentale · droit médical · urgence

Soins sans consentement :
le certificat du généraliste

Le premier certificat est très souvent le nôtre : au domicile, au cabinet, parfois appelé aux urgences parce qu'il faut un médecin extérieur à l'établissement. Il tient en une page, il se rédige sous tension, et c'est lui que lira le juge au douzième jour. Cette fiche sert à choisir la bonne modalité, à écrire un certificat qui tient, et à expliquer la suite à la famille.

Fiche d'origine : Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau — publiée sur au-cabinet.fr, site partagé avec le Dr Jonathan Favre.
Droit en vigueur au 14 septembre 2026 (Code de la santé publique lu sur Légifrance). Aide à la décision pour MG et internes : ne remplace ni l'avis du psychiatre de secteur, ni celui du juriste de l'établissement.
Première version : 2026-09-14Dernière révision : 2026-09-14Adaptation : 2026-09-20
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00 — L'ESSENTIEL EN UNE MINUTE

Ce qu'il faut avoir en tête avant de sortir le stylo

Cinq cartes. Tout le reste de la fiche les détaille, les outille ou les source.

La séquence — sécurité (15, 17) → glycémie capillaire, SpO2, constantes → consentement → tiers → certificat + demande du tiers → fiche de liaison → fiche pour les proches
1 · Les conditions
Deux conditions, jamais une seule

Tiers ou péril imminent : les troubles mentaux rendent impossible le consentement, et l'état mental impose des soins immédiats avec surveillance médicale constante ou régulière.1

Préfet : les troubles nécessitent des soins et compromettent la sûreté des personnes ou portent gravement atteinte à l'ordre public.2

2 · Ce que je peux signer
Presque tout, à une condition

Le texte dit « médecin », pas « psychiatre ». Le généraliste peut rédiger le premier certificat de , le certificat de et celui de .12

Condition : ne pas exercer dans l'établissement qui accueillera le patient, et n'être ni parent ni allié des personnes concernées.

3 · Le certificat
Décrire, dater, qualifier

Examen personnel, date et heure, faits et propos entre guillemets, aucun diagnostic.34 Puis la formule légale de la modalité choisie — c'est elle que le juge vérifie.

Décision du préfet : certificat dactylographié ; en cas d'impossibilité matérielle, l'indiquer sur le certificat.56

4 · Le transport
Pas de départ avant les pièces

À la demande d'un tiers : pas de transport sans consentement avant le premier certificat et la demande manuscrite du tiers. En péril imminent : pas avant le certificat.7

5 · Ce que je ne fais pas
Ni décider, ni attacher

La décision appartient au directeur de l'établissement ou au préfet. La contention mécanique n'a aucun cadre légal hors établissement : l'isolement et la contention sont réservés aux patients déjà en hospitalisation complète sans consentement.89

Ce qui ne relève pas de ces mesures. Le Contrôleur général relève que des demandes en urgence ou en péril imminent recouvrent « de nombreux comportements souvent sans substrat psychiatrique : mésentente conjugale, chantage affectif, conflit de toute nature dont les burn out professionnels, prise de toxique et comportements violents psychopathiques ».10 Un risque pour autrui « ne justifie pas à lui seul » une mesure, qui doit être « motivée par des troubles mentaux ».11 Un refus de soins somatiques ne se contraint pas par la voie psychiatrique.12 Et ces soins ne sont pas une voie d'entrée en établissement médico-social : ils se déroulent en hospitalisation ou en programme de soins d'un établissement de psychiatrie.13
La contrainte est l'exception. La loi pose que les soins libres sont « privilégiés lorsque l'état de la personne le permet »,14 et la HAS demande de limiter la décision « au strict nécessaire ».11 La seule présence de troubles mentaux « ne saurait justifier en elle-même » une mesure sans consentement.3 Un patient qui accepte l'hospitalisation, et qui tient cet accord, part en soins libres.
01 — QUELLE MODALITÉ ?

L'aiguilleur : sept questions, une porte d'entrée

Répondez dans l'ordre ; les questions qui ne servent plus s'estompent. L'outil applique la lettre du Code de la santé publique en vigueur, puis propose de pré-remplir le bon certificat.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet. Tout se passe sur votre appareil, rien n'est enregistré.
1. La personne est… Déjà en programme de soins sans consentement ? Appelez d'abord le psychiatre qui la suit (section 08).
2. Une cause somatique ou toxique aiguë est-elle raisonnablement écartée ? Vigilance, pression artérielle, pouls, température, fréquence respiratoire, glycémie capillaire ; SpO2 en cas d'agitation.11
3. Accepte-t-elle les soins, d'un accord qu'elle peut tenir ? Capacité à consentir : recevoir l'information, la comprendre, raisonner, exprimer librement sa décision, la maintenir dans le temps.11
4. Son état mental impose-t-il des soins immédiats ? À rechercher : risque suicidaire, risque d'atteinte à autrui, alcool ou toxiques associés, délire ou hallucinations, trouble de l'humeur, incurie.11
5. Les troubles compromettent-ils la sûreté des personnes, ou portent-ils gravement atteinte à l'ordre public ? Menaces ou violences envers autrui, arme, trouble grave sur la voie publique — liés aux troubles mentaux, pas à un simple conflit.
5 bis. Ce danger pour autrui est-il imminent, là, maintenant ?
6. Un proche peut-il écrire, maintenant et à la main, la demande de soins ? Membre de la famille, ou personne ayant des liens avec le patient antérieurs à la demande. Pas un soignant de l'établissement d'accueil.1 Un parent désigné par le patient comme persécuteur reste un tiers valable s'il accepte d'écrire.15
7a. Y a-t-il un risque grave d'atteinte à l'intégrité du malade, qui interdit d'attendre un second certificat ?
7b. Existe-t-il un péril imminent pour sa santé ?
Porte d'entréeRépondez aux questions ci-dessus.
Deux fondements distincts, pas deux cases étanches. Le directeur admet sur les conditions de l'article L. 3212-1 : consentement impossible et soins immédiats ; le préfet, sur la sûreté des personnes ou l'ordre public, sans condition de consentement.12 Le texte ne réserve pas la demande d'un tiers au danger pour soi : quand un patient admis à la demande d'un tiers compromet la sûreté des personnes, le directeur en informe le préfet, qui peut prendre la décision.16 La décision du préfet emporte un régime plus lourd — c'est lui qui maintient ou lève la mesure.17 L'outil présente donc les deux voies quand un tiers est disponible ; choisir entre elles est un jugement clinique, et cette lecture du texte est une inférence. Deux nuances de la HAS : un risque pour autrui « ne justifie pas à lui seul » une mesure, qui doit être « motivée par des troubles mentaux » ; et un délire non plus, sauf critères de gravité (adhésion totale, persécuteur désigné, automatisme mental, association à la manie ou aux toxiques).11
02 — RÉDIGER LE CERTIFICAT

Le générateur : un certificat circonstancié, contrôlé avant signature

Cochez ce que vous avez vous-même constaté, complétez les champs libres, relisez. L'outil assemble le texte avec la formule légale exacte de la modalité, vérifie les pièges qui font lever les mesures, puis imprime une page propre à signer à la main.

🔒 Rien n'est envoyé sur internet, rien n'est enregistré. Les données du patient restent dans cette page et disparaissent quand vous la fermez.
Le médecin
La personne examinée
L'examen
Des faits datés. Ne nommez pas les tiers (« un proche », « un voisin ») : ce certificat sera lu par le directeur, le préfet, la commission, le juge et l'avocat.
Ce que j'ai constaté

Ne cochez que ce que vous avez vu ou entendu vous-même. Ce qui vous est raconté va dans « éléments rapportés », au conditionnel.

Comportement

Pensée et perceptions

Humeur

Risque suicidaire

Consentement tiers · péril · détenu

Sûreté d'autrui préfet · maire · détenu

Vigilance et cause somatique

Mots du patient, faits rapportés, contexte
Les guillemets sont ajoutés automatiquement, une phrase par ligne.
Au conditionnel, sans identifier la personne qui rapporte. Les sources divergent sur ce point : voir section 06.
La loi demande d'« indiquer les caractéristiques de sa maladie » : décrire l'évolution, pas nommer le diagnostic.
Déclarations
Rédaction

Contrôle avant signature

    Aperçu du certificat

    Fiche de liaison pour l'équipe d'accueil (constantes, traitements, contacts)

    Ce document ne va pas au préfet ni au juge : il accompagne le patient vers l'équipe soignante. La HAS recommande d'y noter molécule, posologie, voie et lieu de toute prescription préhospitalière, le traitement habituel et les coordonnées du médecin traitant.11

    
            
    Ce que l'outil ne peut pas faire à votre place. Il vérifie la présence des mentions, pas leur vérité. Un certificat rempli de cases cochées sans examen réel reste un faux, et le Code de déontologie interdit de délivrer un certificat « sans avoir vu et examiné la personne ».4 Seule exception de fait : l'avis médical au maire, quand la personne ne peut être approchée — il suppose au moins une observation directe du médecin.1118 Il ne peut pas non plus savoir si vous exercez dans l'établissement d'accueil : pour le péril imminent, la Cour de cassation a jugé qu'un médecin des urgences du même hôpital n'est pas « extérieur », même quand les pôles fonctionnent de façon autonome (section 06).19
    03 — LA DEMANDE DU TIERS

    Un modèle à recopier à la main

    La demande est un document du proche, pas du médecin. Mais c'est souvent au médecin qu'on demande « qu'est-ce que j'écris ? ». Voici le modèle, construit sur les mentions exigées par le décret.

    Qui peut demander

    • Un membre de la famille du malade.1
    • Une personne justifiant de relations antérieures à la demande, lui donnant qualité pour agir dans l'intérêt du malade.1
    • Le tuteur ou curateur d'un majeur protégé, dont la mesure porte sur la personne, qui joint le jugement ou le mandat de protection future.120

    Qui ne peut pas

    • Les soignants exerçant dans l'établissement qui prend en charge le malade.1
    • La règle « ni parent ni allié jusqu'au 4e degré » vise les médecins, pas le tiers : un parent est même le tiers type.
    🔒 Rien n'est envoyé sur internet. Rien n'est enregistré.
    La personne qui demande
    La personne pour qui les soins sont demandés

    Texte à recopier entièrement à la main

      Les cinq mentions manuscrites exigées : la formulation de la demande ; nom, prénoms, date de naissance et domicile du demandeur et du patient ; le degré de parenté ou la nature des relations antérieures ; la date ; la signature. Si le proche ne sait pas ou ne peut pas écrire, la demande est reçue par le maire, le commissaire de police ou le directeur de l'établissement, qui en donne acte.21 Le directeur vérifie l'identité du demandeur :20 qu'il ait sa pièce d'identité sur lui. Un modèle imprimé, signé sans avoir été recopié, n'est pas une demande manuscrite.
      04 — SUR PLACE : LE DÉROULÉ

      Au domicile ou au cabinet, dans l'ordre

      Dix étapes, de la porte d'entrée au départ de l'ambulance. L'ordre compte : la sécurité avant l'examen, le somatique avant le psychiatrique, les pièces avant le transport.

      1. Se mettre en sécurité avant d'examiner

      2. Appeler le 15

      3. Chercher une cause somatique

      4. Désamorcer

      L'approche relationnelle est une « obligation médicale » ; toute contention, physique ou chimique, ne se justifie qu'après son échec.22 Concrètement : respecter l'espace personnel (une longueur de bras), parler clair et court, proposer des choix limités et réalistes.12

      5. Chercher le consentement, pour de vrai

      6. Trouver un tiers — et tracer la recherche

      7. Si un médicament est vraiment nécessaire

      Au domicile, le médicament se décide avec le régulateur du 15, et un médecin reste présent auprès du patient.22 Principes : une seule molécule, voie orale d'abord.12 L'association benzodiazépine et neuroleptique renforce la sédation, mais aussi les incidents iatrogènes.11

      Pas d'injection de force par le médecin seul. Une intramusculaire contre le gré suppose de maintenir la personne ; or, avant la décision d'admission, elle est juridiquement en soins libres, et aucune contention n'est encadrée hors établissement.926 L'immobilisation au domicile « peut demander l'intervention des forces de l'ordre », et la sécurité « conditionne le mode d'intervention immédiat ou différé en attente de renfort » ;11 une sédation nécessaire au transport est un motif d'engagement du SMUR.9 Seul, le généraliste propose un traitement per os, accepté ; l'injection relève de l'équipe engagée par le 15. Après toute prise, rester jusqu'au relais et surveiller la vigilance, la respiration et la SpO2.

      Doses de référence de la SFMU pour les structures d'urgence ; les voies injectables concernent l'équipe engagée par le 15 :12

      Agitation sans orientation — diazépam (Valium) 10 mg per os · IM : équipe du 15
      Délire, tableau possiblement psychotique — olanzapine (Zyprexa) 10 mg per os · loxapine (Loxapac) 50 mg IM : équipe du 15
      Agitation avec risque de violence — loxapine (Loxapac) 100 mg per os · 50 mg IM : équipe du 15
      Confusion sans violence — pas de traitement d'emblée : on cherche la cause

      Grossesse, allaitement et allongement du QT au-delà de la loxapine : aucune des recommandations d'agitation lues ne donne de conduite. Je ne comble pas ce vide ; en cas de grossesse, le Centre de référence sur les agents tératogènes (CRAT) reste la ressource. Noter molécule, dose, voie et heure sur la fiche de liaison.11

      8. Rédiger sur place

      9. Le transport

      10. Après le départ

      Comprendre
      05 — LES PORTES D'ENTRÉE CÔTE À CÔTE

      Conditions, pièces, signataires

      Le tableau que l'on voudrait avoir plastifié dans la sacoche. Chaque ligne renvoie à l'article en vigueur au 14 septembre 2026.

      ModalitéConditions de fondPiècesQui peut rédigerValiditéDécision

      L. 3212-1, II, 1°
      Troubles mentaux rendant le consentement impossible + soins immédiats avec surveillance constante ou régulièreDemande manuscrite du tiers + 2 certificats circonstanciés1er : médecin n'exerçant pas dans l'établissement d'accueil MG
      2d : tout médecin, y compris de l'établissement
      Aucun parent ou allié (4e degré) du patient, du tiers, du directeur, ni entre eux
      < 15 joursDirecteur de l'établissement1

      L. 3212-3
      Idem + risque grave d'atteinte à l'intégrité du maladeDemande du tiers + 1 certificatTout médecin, y compris de l'établissement MGNon précisée par le texteDirecteur, « à titre exceptionnel »34

      L. 3212-1, II, 2°
      Consentement impossible + soins immédiats + impossible d'obtenir une demande de tiers + péril imminent pour la santé1 certificatMédecin n'exerçant pas dans l'établissement ; ni parent ni allié du patient ou du directeur MG< 15 jours (par renvoi au 1°)Directeur ; famille informée sous 24 h1

      L. 3213-1
      Troubles nécessitant des soins + compromettant la sûreté des personnes ou portant gravement atteinte à l'ordre public1 certificat circonstancié, dactylographié (sinon, le signaler sur le certificat)6Tout médecin sauf un psychiatre de l'établissement d'accueil MGNon préciséePréfet, arrêté motivé25
      Maire, danger imminent
      L. 3213-2
      Comportement révélant des troubles mentaux manifestes + danger imminent pour la sûreté des personnesAvis médical (dactylographié par prudence : même chapitre du code)Tout médecin MGAu préfet sous 24 h ; caduque à 48 hMaire (Paris : commissaire), puis préfet35
      Personne détenue
      L. 3214-3
      Consentement impossible + danger pour soi ou pour autrui + soins immédiats sous surveillance constante1 certificat circonstanciéTout médecin sauf un psychiatre de l'établissement d'accueilNon préciséePréfet ; hospitalisation complète en unité spécialement aménagée36
      Mineur
      L. 3211-10
      Hors décision du préfet, admission demandée par les titulaires de l'autorité parentale ; placement possible par le juge des enfantsPour le juge : avis médical circonstanciéMédecin extérieur à l'établissement MGPlacement ≤ 15 jours, puis 1 mois renouvelableParents ; juge des enfants ; préfet3738

      Qui peut signer ? Cas par cas

      RédacteurTiers (1er) · péril imminentTiers en urgence · préfetCe qui fonde la réponse
      Généraliste, médecin traitant, SOS MédecinsOuiOuiLe texte dit « médecin » ; la SFMU attend des médecins de ville qu'ils rédigent le premier certificat.112
      Psychiatre libéralOui, s'il n'exerce pas dans l'établissement d'accueilOui (préfet : s'il n'y exerce pas comme psychiatre)Lettre des articles L. 3212-1 et L. 3213-1.12
      Urgentiste ou SMUR du même établissement que la psychiatrie d'accueilNonOui en urgence ; oui au préfet s'il n'est pas psychiatrePour le péril imminent, la Cour de cassation apprécie strictement l'extériorité : une structure du même établissement public, urgences comprises, n'est pas extérieure.193940 Pour le premier certificat de tiers, même formule légale : même solution par déduction.
      Interne, docteur juniorNon tranché par les textes lusLe docteur junior exerce « par délégation et sous la responsabilité du praticien dont il relève ».41 Aucun texte ni arrêt ne vise le certificat initial : par prudence, faire signer un médecin thésé, inscrit, extérieur à l'établissement.
      Remplaçant non théséSources discordantesLe code autorise l'exercice « à titre de remplaçant » ;42 la SFMU écrit « n'importe quel médecin thésé ».12 Chercher d'abord un médecin thésé (régulateur, SOS Médecins, médecin de garde) ; à défaut, signer en mentionnant sa qualité de remplaçant — lecture du texte, non confirmée.

      « Oui/Non » : lecture du texte en vigueur et des arrêts cités. Les deux dernières lignes sont des inférences, signalées comme telles.

      06 — CE QUI FAIT TOMBER UN CERTIFICAT

      Ce que le juge lit, et ce qu'il a déjà sanctionné

      Le certificat part chez le directeur ou le préfet, en copie à la commission départementale,43 puis au juge avec toutes les pièces.44 Il sera lu par des non-médecins, et par un avocat.

      La règle générale. Une irrégularité « n'entraîne la mainlevée de la mesure que s'il en est résulté une atteinte aux droits de la personne ».45 Et le juge ne refait pas l'évaluation médicale : il ne peut pas substituer son avis à celui des médecins.46 Mais un certificat insuffisamment motivé ne laisse rien à évaluer : l'insuffisance de motivation est, après la saisine tardive, le principal motif de mainlevée relevé par le Contrôleur général.26
      Ce qui a été jugéCe que dit la CourLeçon pour le rédacteur
      Péril imminent signé par un médecin du même établissementLa méconnaissance de l'extériorité « porte en soi atteinte aux droits » : pas besoin de prouver un préjudice. Même solution pour une structure du même établissement public, et pour les urgences du même hôpital.193940Avant de signer, vérifier que l'on n'exerce pas, même à temps partiel, dans la même entité juridique que l'établissement d'accueil.
      Certificats non horodatésLes délais exprimés en heures « se calculent d'heure à heure ».28Toujours l'heure de l'examen et de la signature.
      Arrêté du préfet ou du maire qui ne caractérise pas le dangerL'arrêté doit « mettre en évidence » que les troubles compromettent la sûreté des personnes ou l'ordre public ; le maire doit s'approprier l'avis médical et le joindre.47Pour le préfet ou le maire, décrire le danger, pas seulement la maladie.
      Décision qui renvoie au certificat sans l'annexerElle ne peut s'y référer « qu'à la condition que ce dernier soit annexé ».48Écrire un certificat qui se suffit à lui-même : il sera la motivation de la décision.
      Péril imminent contesté après coupLe péril imminent « doit être caractérisé à la date de son admission ».49Décrire le péril tel qu'il est au moment de l'examen.
      Famille non informée dans les 24 h (péril imminent)Mainlevée seulement si atteinte concrète ; le refus du patient que sa famille soit prévenue est une « difficulté particulière ».5051Noter les démarches pour joindre un proche, et un éventuel refus du patient.
      Transfert des urgences au-delà de 48 hViolation de l'article L. 3211-2-3, relevée d'office : mainlevée.31Si vous exercez aux urgences : le compteur tourne dès la prise en charge.
      Tiers en conflit avec le patientUn membre de la famille « n'a pas à justifier de sa qualité pour agir », même accusé par le patient.15 Sans lien de parenté, il faut des relations antérieures, précisées dans la demande.24Le conflit n'invalide pas la demande d'un parent ; un voisin ou un travailleur social doit, lui, écrire la nature et l'ancienneté de ses liens.

      À écrire

      • « Certifie avoir personnellement examiné », date, heure, lieu.34
      • Des faits constatés et des propos cités, qui permettent à un non-médecin de comprendre le bien-fondé de la mesure.3
      • La formule légale de la modalité, puis ce que la modalité exige en plus : risque grave (urgence), impossibilité du tiers et péril (péril imminent), danger pour autrui (préfet).
      • Les dires d'autrui, s'ils sont utiles : au conditionnel, ou « X me dit que ».4

      À ne pas écrire

      • Le diagnostic : il ne doit pas être révélé, au titre du secret professionnel.3
      • Le nom des personnes qui rapportent des faits.11
      • Des jugements de valeur.22
      • Des formules génériques, identiques d'un patient à l'autre : « chaque certificat médical est unique ».3
      • Ce qu'on n'a pas constaté, présenté comme constaté.4
      Là où les sources se contredisent — et ce que la fiche retient.
      • Faits rapportés par des tiers : « ne pas mentionner » (SFMU 2002)22 ; les rapporter à titre exceptionnel, sans identifier les personnes (HAS 2005)11 ; au conditionnel (Ordre).4 Retenu : seulement s'ils sont utiles, séparés de vos constats, au conditionnel, sans nom.
      • Transport « sans certificat préalable » (SFMU 2021)12 : contraire à la lettre de l'article L. 3222-1-1 pour un transport sans consentement.7 Retenu : la loi.
      • Certificat de décision du préfet manuscrit (modèle SFMU) : contraire à l'article R. 3213-3, qui le veut dactylographié.5 Retenu : dactylographié.
      • « Péril imminent » par un médecin de l'établissement (HAS 2005)11 : la règle visait l'ancienne hospitalisation à la demande d'un tiers en urgence, avec tiers — l'ancêtre de l'article L. 3212-3, où le médecin de l'établissement reste admis. Le péril imminent sans tiers, créé en 2011, exige au contraire un médecin extérieur ; le modèle de l'Ordre pour ce cas ne le rappelle pas.52 Retenu : médecin extérieur pour le péril imminent et le premier certificat de tiers ; médecin de l'établissement admis en urgence avec tiers.
      • Antipsychotiques chez le sujet âgé dément : « contre-indiqués » (HAS 2005)11 ; rispéridone ou tiapride proposés (SFMU 2021)12 ; indication étroite et surmortalité dans le RCP de la rispéridone.27 Retenu : pas d'antipsychotique au domicile sans avis du régulateur.
      07 — APRÈS LA SIGNATURE

      La chronologie, pour répondre à la famille

      Ce que devient la mesure une fois le patient parti. Utile pour expliquer, et pour savoir quand rappeler le service.

      1. H0Admission : période d'observation en hospitalisation complète.53 Aux urgences d'un hôpital non autorisé, elle court dès la prise en charge, et le transfert doit intervenir sous 48 h.30
      2. ≤ 24 hExamen somatique complet par un médecin, et certificat d'un psychiatre de l'établissement, qui ne peut pas être l'auteur d'un des certificats d'admission.53 Péril imminent : le directeur informe la famille.1
      3. ≤ 72 hSecond certificat ; s'ils concluent tous deux au maintien, le psychiatre propose la forme : hospitalisation complète ou .53 À la demande d'un tiers ou en péril imminent, si l'un des deux conclut que la mesure n'est plus justifiée : levée immédiate.54 Décision du préfet : c'est lui qui fixe la forme, sous trois jours francs, puis qui maintient ou lève la mesure.217
      4. ≤ J8Saisine du juge par le directeur ou le préfet, avec l'avis motivé d'un psychiatre.55
      5. < J12Décision du , après audience où le patient est entendu, assisté ou représenté par un avocat.56 Sans décision dans le délai, la mainlevée est acquise.55
      6. 1 moisTiers ou péril imminent : maintien par périodes d'un mois, certificat circonstancié dans les trois derniers jours de chaque période.57 Préfet : maintien pour trois mois, puis par périodes de six mois au plus.17
      7. 6 moisNouvelle décision du juge si l'hospitalisation complète dure sans interruption.55
      8. 1 anÉvaluation approfondie par un collège (deux psychiatres, dont un qui ne suit pas le patient, et un membre de l'équipe pluridisciplinaire), renouvelée chaque année ;5758 examen obligatoire par la .59
      Une mesure courte, le plus souvent. En 2015, 23 % des séjours à la demande d'un tiers duraient moins de 72 heures et 51 % moins de 12 jours ;60 en 2021, 41 % des personnes en soins sans consentement étaient suivies en programme de soins, hors hospitalisation complète.61 Un programme de soins n'autorise aucune mesure de contrainte.13
      Isolement et contention, pour répondre aux questions. Uniquement en hospitalisation complète sans consentement, sur décision motivée d'un psychiatre : isolement 12 h renouvelable jusqu'à 48 h, contention 6 h renouvelable jusqu'à 24 h ; au-delà, information du juge, qui peut y mettre fin.8 Depuis le 29 juillet 2026, le préfet est aussi informé des levées et des sorties, y compris à la demande d'un tiers, sans recevoir les certificats médicaux.6263
      08 — SITUATIONS PARTICULIÈRES

      Mineur, sujet âgé confus, patient déjà suivi, réquisition

      Les cas où le schéma habituel ne s'applique pas tel quel.

      Le mineur : trois voies, aucune ne s'appelle « tiers »

      Que la demande d'un tiers et le péril imminent ne s'appliquent pas au mineur se déduit de l'article L. 3211-10, qui ne réserve que la décision du préfet ; aucun arrêt lu ne l'énonce expressément.

      Le sujet âgé confus ou dément qui refuse un soin somatique

      Le patient déjà en programme de soins qui décroche

      Ne pas repartir de zéro : c'est le psychiatre qui le suit qui transmet au directeur un certificat proposant la réhospitalisation complète quand le programme ne permet plus de dispenser les soins nécessaires — sur simple avis au vu du dossier s'il ne peut examiner le patient.68 Le bon réflexe est d'appeler l'établissement ou le CMP référent.

      La personne détenue

      Soins libres par principe ; sans consentement, uniquement par arrêté du préfet, en hospitalisation complète dans une ou une unité adaptée.36

      Puis-je refuser ? Et si je suis requis ?

      Qui paie le certificat ?

      Pour la mesure provisoire du maire, une réponse ministérielle de 2005 met la rémunération à la charge de l'autorité qui fait appel au médecin, le maire ; pour un arrêté préfectoral direct, à la charge de l'ancienne DDASS.74 Pour la demande d'un tiers et le péril imminent, aucun texte lu ne fixe qui paie. Une cotation parfois proposée pour les actes urgents suppose la mise en œuvre de moyens techniques : elle ne s'applique pas d'office à une consultation qui aboutit à un certificat.75

      09 — DROITS ET RECOURS

      Ce que garde le patient, ce que peuvent faire les proches

      Les restrictions doivent être « adaptées, nécessaires et proportionnées », et la dignité respectée « en toutes circonstances », y compris pendant le transport.76

      Le patient garde le droit

      • d'être informé de la décision, de ses motifs, de ses droits et recours, et que son avis soit recherché ;
      • de communiquer avec les autorités, de saisir la et la commission des usagers ;
      • d'alerter le ;
      • de prendre conseil d'un médecin ou d'un avocat de son choix ;
      • d'émettre et de recevoir des courriers ;
      • de voter, et de pratiquer la religion de son choix.76

      Les recours

      • Le juge peut être saisi à tout moment par le patient, le tiers, un parent, le conjoint, le protecteur ou le procureur, et se saisir d'office.77 Formulaires en ligne pour le patient et pour le tiers ; le juge statue en 12 jours, 25 en cas d'expertise.78
      • À l'audience, l'avocat est obligatoire (choisi, commis d'office ou à l'aide juridictionnelle).56
      • La commission départementale reçoit les réclamations et peut proposer la levée au juge.59
      • Le tiers peut demander la levée au directeur, qui peut refuser si un certificat de moins de 24 heures atteste un péril imminent.79

      Numéros utiles

      PourQuiCoordonnées
      Urgence médicaleSAMU15 · 112
      Danger, violencePolice, gendarmerie17
      Idées suicidaires, ou inquiétude pour un procheNuméro national de prévention du suicide, 24 h/2431 1480
      FamillesUnafam, écoute-famille (psychologues, anonyme et gratuit)01 42 63 03 0381
      Questions de droitsSanté Info Droits (France Assos Santé)01 53 62 40 3082
      Non-respect des droitsDéfenseur des droits09 69 39 00 0083
      Signaler une atteinte aux droits fondamentauxContrôleur général des lieux de privation de liberté (courrier sans timbre ; pas d'intervention dans les situations individuelles)Libre réponse 47002, 93109 Montreuil Cedex84
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      10 — IDÉES REÇUES

      Ce qu'on entend, ce que disent les textes et les données

      Chez les soignants comme dans les familles. Chaque réponse est sourcée.

      « Il faut un psychiatre pour signer. »
      Faux à l'admission. Les articles disent « médecin » ; seule la décision du préfet exclut expressément le psychiatre de l'établissement d'accueil.12 Les psychiatres interviennent ensuite, à 24 et à 72 heures.53
      « Le médecin traitant ne peut pas faire le certificat, il connaît trop le patient. »
      Faux. Les exclusions portent sur l'exercice dans l'établissement d'accueil et sur la parenté ou l'alliance, pas sur la relation de soin.1 La SFMU demande au contraire de « favoriser la participation du médecin traitant ».12
      « Le péril imminent, c'est plus simple : pas besoin de chercher un tiers. »
      C'est l'exception devenue habitude. Inexistant avant 2011, le péril imminent concernait un quart des personnes en soins sans consentement en 2021, et son nombre a presque triplé depuis 2012 ;85 son usage varie dans un rapport de 1 à 69 entre départements.86 Le Contrôleur général l'attribue en partie au manque de personnel pour chercher ou convaincre un tiers.10 Or un tiers joignable fragilise la mesure,12 un parent en conflit avec le patient reste un tiers valable,15 et l'extériorité du signataire est contrôlée sans indulgence.39
      « Les malades psychiatriques sont dangereux. »
      Faux comme image d'ensemble. Dans les psychoses, le risque de violence est multiplié par environ 2 sans comorbidité, et par près de 9 avec un abus de substances : l'essentiel de l'excès passe par les toxiques.87 Les personnes souffrant de troubles graves sont bien plus souvent victimes qu'auteurs de violences,88 et seraient à l'origine de 3 à 5 % des violences.89 C'est aussi pourquoi la HAS rappelle qu'un risque pour autrui ne justifie pas à lui seul une mesure.11
      « Hospitalisé sans consentement, c'est enfermé pour des mois. »
      Le plus souvent, non. En 2015, la moitié des séjours à la demande d'un tiers duraient moins de 12 jours ;60 en 2021, 41 % des personnes concernées étaient suivies hors hospitalisation complète.61 À la demande d'un tiers ou en péril imminent, si le certificat de 24 ou de 72 heures conclut que la mesure n'est plus justifiée, la levée est immédiate.54
      « Il perd ses droits, il ne pourra même plus voter. »
      Faux. Vote, courrier, avocat, médecin de son choix, culte : ces droits sont maintenus « en tout état de cause ».76
      « Avec un programme de soins, on pourra le forcer à prendre son traitement à la maison. »
      Faux. « Aucune mesure de contrainte » n'est possible en programme de soins.13 Et les dispositifs étrangers équivalents ne réduisent pas les réhospitalisations : 36 % contre 36 % dans l'essai OCTET, risque relatif 0,98 dans la revue Cochrane.9091
      « En attendant l'ambulance, on peut l'attacher, ou lui faire une piqûre de force. »
      Non. L'isolement et la contention ne concernent que des patients déjà en hospitalisation complète sans consentement ;8 avant la décision d'admission, le patient est juridiquement en soins libres.26 Une injection contre le gré relève de l'équipe engagée par le 15, pas du médecin seul (section 04).
      « Le maire peut agir sur la notoriété publique. »
      Plus depuis 2011. Le Conseil constitutionnel a abrogé les mots « notoriété publique » : il faut un avis médical.3592
      11 — FICHE POUR LES PROCHES

      À imprimer et à laisser à la famille

      Langage courant. Le bouton n'imprime que cette fiche ; l'impression de la page entière aussi.

      Votre proche va être soigné sans son accord : ce qui va se passer

      Votre proche traverse une crise. La maladie l'empêche, pour l'instant, de se rendre compte qu'il ou elle a besoin de soins. La loi permet alors de soigner sans son accord, le temps nécessaire, avec des contrôles réguliers par des médecins et par un juge. Ce n'est pas une punition.

      Pourquoi on vous demande d'écrire une lettre

      Si c'est vous qui demandez les soins, vous devez écrire à la main une courte lettre : votre identité, celle de votre proche, votre lien, la date et votre signature. Le médecin peut vous dicter le modèle, mais c'est vous qui l'écrivez. Prenez votre pièce d'identité.

      Vous avez le droit de refuser d'être la personne qui demande : une autre procédure existe alors, décidée par l'hôpital.

      Les premiers jours

      • Dans les 24 heures : un examen médical complet et un premier examen par un psychiatre.
      • Dans les 72 heures : un deuxième examen. Si les médecins estiment que ce n'est plus nécessaire, les soins sans accord s'arrêtent (sauf décision du préfet, qui décide alors lui-même).
      • Avant le 12e jour : un juge vérifie que tout est justifié. Votre proche est entendu, avec un avocat. Vous pouvez être prévenu de la date.

      Ses droits, pendant les soins

      Votre proche garde le droit d'écrire et de recevoir du courrier, de voir un avocat ou un médecin de son choix, de voter, de pratiquer sa religion, et de se plaindre auprès d'une commission. Il ou elle peut demander que la famille ne soit pas informée : les soignants doivent alors respecter le secret. Vous pouvez toujours, vous, donner des informations à l'équipe.

      Ce que vous pouvez faire

      • Parler à l'équipe soignante et donner les informations utiles : traitement, médecin, habitudes, ce qui a déclenché la crise.
      • Demander au directeur de l'hôpital d'arrêter la mesure (sauf si elle a été décidée par le préfet). Il peut refuser si un psychiatre atteste que l'arrêt serait dangereux pour la santé de votre proche ; vous ne pouvez pas obtenir une sortie contre l'avis médical.
      • Écrire au juge pour demander l'arrêt de la mesure (formulaire sur service-public.fr).
      • Plus tard, quand la crise sera passée : préparer avec votre proche et ses soignants un « plan de crise », qui dit ce qu'il ou elle souhaite si cela recommence.

      Numéros utiles

      • 15 : urgence médicale. 17 : danger immédiat.
      • 31 14 : numéro national de prévention du suicide, jour et nuit, gratuit. Vous pouvez aussi appeler si vous êtes inquiet pour un proche.
      • Unafam, écoute-famille : 01 42 63 03 03 — psychologues, anonyme et gratuit, du lundi au vendredi, 9 h-13 h et 14 h-18 h.
      • Santé Info Droits : 01 53 62 40 30 — questions sur les droits des patients ; lundi, mercredi et vendredi 14 h-18 h, mardi et jeudi 14 h-20 h.
      • Le soir et la nuit : 31 14 ou 15.

      Fiche remise par le Dr ______________________________  ·  Texte : Dr Michaël Rochoy, médecin généraliste à Outreau. Informations générales ; l'équipe de l'hôpital répondra aux questions sur la situation de votre proche.

      Sources de cette fiche : demande du tiers et pièce d'identité,2021 refus d'être tiers et autre procédure,25 délais,2535455 droits,76 opposition à l'information des proches,25 levée et refus du directeur,79 requête au juge,78 plan de crise,3393 numéros et horaires.808182

      Ressources
      12 — LEXIQUE

      Les sigles et les mots du dispositif

      Les mêmes définitions s'ouvrent au clic sur les mots soulignés en pointillés dans la page.

      13 — EN SAVOIR PLUS

      Histoire, géographie, évolution

      Rien ici ne change la conduite du jour. Mais tout y explique pourquoi la règle a cette forme — et pourquoi elle bouge encore.

      Histoire — de l'asile de 1838 au juge de 2011

      La loi du 30 juin 1838 oblige chaque département à disposer d'un établissement pour les aliénés et crée deux régimes qui vont durer plus de 150 ans : le placement dit « volontaire », demandé par un proche sur certificat d'un médecin, et le placement d'office, ordonné par le préfet quand l'état de la personne compromet « l'ordre public ou la sûreté des personnes ».94 Plusieurs traits actuels y sont déjà, si l'on en croit la transcription consultée (non officielle) : un certificat qui n'est plus recevable au-delà de quinze jours ni s'il est signé d'un médecin attaché à l'établissement, et, en cas de danger imminent, les mesures provisoires du maire à charge d'en référer au préfet sous 24 heures — sur certificat, ou sur « notoriété publique ».95

      Le récit fondateur a, lui, été réécrit. Le « geste de Pinel » brisant les chaînes des aliénés en 1793 est une légende construite après coup, notamment à partir d'écrits de son fils.96 Un document retrouvé aux Archives nationales en 1978 montre que c'est Jean-Baptiste Pussin, surveillant des aliénés de Bicêtre, qui remplace les chaînes par des camisoles en 1797 ; Pinel l'imitera à la Salpêtrière trois ans plus tard.9798 La première « libération » fut donc un changement de contention, décidé par un soignant de terrain.

      La loi du 27 juin 1990 rebaptise les régimes en hospitalisation à la demande d'un tiers et hospitalisation d'office, avec déjà deux certificats de moins de quinze jours.99 Le tournant suivant naît d'un fait divers et d'une question de droit. En novembre 2008, un patient ayant quitté l'hôpital de Saint-Égrève tue un étudiant à Grenoble ; le 2 décembre, à Antony, le président de la République annonce une réforme de l'hospitalisation d'office, « des soins ambulatoires sans consentement » et 200 chambres d'isolement.100 Deux ans plus tard, le Conseil constitutionnel juge que l'hospitalisation ne peut se prolonger au-delà de quinze jours sans qu'un juge judiciaire intervienne.101

      La loi du 5 juillet 2011 fait les deux : elle parle désormais de soins et non plus d'hospitalisation, crée le programme de soins hors de l'hôpital et le péril imminent sans tiers, et instaure le contrôle systématique du juge.102 La loi du 27 septembre 2013 ramène ce délai à douze jours.103 Viennent ensuite l'encadrement législatif de l'isolement et de la contention en 2016, deux censures constitutionnelles en 2020 et 2021, et la réécriture de 2022.104105106107 Depuis le 1er septembre 2024, le juge des libertés et de la détention s'appelle, dans le code, « magistrat du siège du tribunal judiciaire ».108 Et la loi du 27 juillet 2026 a créé une injonction préfectorale d'examen psychiatrique pour des personnes jugées menaçantes en lien avec le terrorisme, qui peut déboucher sur une décision du préfet ; le Conseil constitutionnel l'a validée sous réserves.6263

      Géographie — la même loi, des pratiques très différentes

      Dans 22 pays d'Europe et d'Océanie, le taux médian d'hospitalisation sans consentement est de 106 pour 100 000 habitants, de 14,5 en Italie à 282 en Autriche ; aucun lien n'apparaît avec les caractéristiques des cadres juridiques.109 La France y figure à 144 pour 100 000 en 2015, avec une hausse moyenne de 4,7 % par an — chiffre à prendre avec prudence, la source française utilisée par les auteurs étant mal précisée.109

      À l'intérieur du pays, environ 95 500 personnes ont été prises en charge au moins une fois sans consentement en 2021 ; parmi les personnes hospitalisées à temps plein en psychiatrie, 26 % l'ont été au moins une fois sans leur consentement. La demande d'un tiers concernait 55 % des personnes, le péril imminent 25 % et la décision du préfet 16 %.6185 Les écarts territoriaux sont considérables : de 1 à 7 entre départements pour la demande d'un tiers, de 1 à 20 pour la décision du préfet, de 1 à 69 pour le péril imminent.86 Pour l'isolement et la contention, les écarts entre établissements sont plus grands encore, et ne s'expliquent ni par la prévalence des troubles ni par la défavorisation du territoire ; la contention augmente là où les effectifs infirmiers sont plus faibles.110111 Je n'ai pas pu lire de valeur départementale pour le Pas-de-Calais : les cartes de l'atlas sont des images en quintiles.

      Qui est concerné. En 2021, 60 % des personnes soignées sans consentement étaient des hommes (près de 80 % sur décision du préfet) ; parmi les personnes hospitalisées à temps plein, 33 % de celles admises sans consentement bénéficiaient de la complémentaire santé solidaire, contre 17 % en soins libres.61 Dans la méta-analyse internationale, le chômage (odds ratio 1,43), les allocations sociales (1,71), le célibat (1,47) et le sexe masculin (1,23) s'ajoutent aux facteurs cliniques.112 Deux inférences, non mesurées : le péril imminent, procédure « sans tiers », est mécaniquement la voie des personnes isolées ou sans entourage joignable ; et la langue compte, puisqu'une mesure a été levée faute d'information d'une patiente dans une langue qu'elle comprenait.26

      Évolution — vers moins de contrainte ?

      Il n'existe pas, à ma connaissance, d'hypothèse évolutionniste sérieuse sur la contrainte en psychiatrie, et je préfère laisser ce volet vide que de le remplir. L'évolution qui compte ici est celle des pratiques et des preuves.

      14 — SOURCES

      Références & méthode

      Comment cette page a été écrite. Sujet, besoin clinique et cahier des charges : Dr Michaël Rochoy. Rédaction et recherche des sources assistées par une intelligence artificielle, selon un protocole de vérification automatique : chaque référence résolue une à une, contrôle de la numérotation, banc de tests des outils interactifs. Une relecture à contexte frais, elle aussi automatisée, a été faite sous sept angles et ses corrections intégrées. Aucune relecture humaine indépendante à ce jour, et aucune relecture par un juriste d'établissement : les formules produites par le générateur engagent le médecin qui les signe.

      Méthode. Le socle opposable est le Code de la santé publique en vigueur au 14 septembre 2026. Légifrance refusant le téléchargement automatisé, le texte mot pour mot des articles a été extrait de la copie intégrale de la base LEGI publiée par codes.droit.org (mise à jour du 1er septembre 2026), puis la version en vigueur de 41 articles a été confirmée sur Légifrance le 14 septembre 2026, sans modification entre les deux dates. Les recommandations (HAS 2005, 2017, 2018 ; SFMU 2002, 2021, 2025), les rapports du Contrôleur général (2020, 2025) et les modèles de l'Ordre ont été lus en texte intégral, avec la page de chaque citation. Les arrêts de la Cour de cassation ont été lus en texte intégral sur Juricaf, faute d'accès au site de la Cour. Les identifiants PubMed des articles cités ont été contrôlés un par un (titre, premier auteur, année, revue) et les DOI résolus.

      Réserves, explicitement. (1) La HAS 2005 est toujours en ligne sans mention d'abrogation, mais elle précède la loi de 2011 : ses critères cliniques sont repris, sa procédure non — sa règle d'un « péril imminent » certifié par un médecin de l'établissement visait l'ancienne procédure d'urgence avec tiers (aujourd'hui L. 3212-3) et ne s'applique pas au péril imminent sans tiers créé en 2011. (2) Aucun texte ni arrêt lu ne tranche la capacité d'un interne, d'un docteur junior ou d'un remplaçant non thésé à signer le certificat initial : la prudence proposée est une inférence. (3) L'inapplicabilité de la demande d'un tiers et du péril imminent au mineur se déduit du texte et d'une réponse ministérielle, sans arrêt explicite. (4) La rémunération du certificat n'est fixée par aucun texte lu pour la demande d'un tiers et le péril imminent ; la seule réponse officielle date de 2005. (5) Les recommandations sur l'agitation ne donnent aucune conduite pendant la grossesse ni sur l'allongement du QT au-delà de la loxapine ; les posologies citées sont celles de la SFMU pour les structures d'urgence, les RCP n'ont pas été relus pour cette fiche. (6) Les chiffres nationaux les plus récents datent de 2021 (tous modes) et 2022 (hospitalisation complète) ; aucun chiffre 2023-2025 n'a été trouvé. (7) Le générateur vérifie la présence des mentions, pas leur vérité clinique ; ses repères de relecture (nombre de constats, termes diagnostiques) ne sont pas des critères légaux. (8) Le code annonce une nouvelle version de plusieurs articles au 1er janvier 2029 (réécriture du code de procédure pénale) : à revérifier à cette date. (9) Le RCP de la rispéridone cité est la version publiée par l'ANSM, mise à jour le 07/07/2016 ; ceux de la loxapine, du diazépam, de l'olanzapine et du tiapride n'ont pas été relus. (10) La fiche a été relue à contexte frais par un relecteur automatisé sous sept angles (juridique, médecin généraliste, santé publique, médicament, patient, interne, politique) ; ses corrections ont été intégrées. Elle n'a pas encore été relue par un juriste d'établissement.
      1. Code de la santé publique. Article L. 3212-1 (version en vigueur depuis le 01/10/2020). Légifrance
      2. Code de la santé publique. Article L. 3213-1 (version en vigueur depuis le 30/09/2013). Légifrance
      3. Haute Autorité de santé. Aide à la rédaction des certificats et avis médicaux dans le cadre des soins psychiatriques sans consentement d'une personne majeure à l'issue de la période d'observation de 72 heures. Fiche mémo. Mars 2018 ; principes transposés ici au certificat initial. has-sante.fr
      4. Conseil national de l'Ordre des médecins. Article 76 (article R. 4127-76 du code de la santé publique) : délivrance des certificats. Commentaires du code de déontologie médicale. Mise à jour de février 2024. conseil-national.medecin.fr
      5. Code de la santé publique. Article R. 3213-3 (version en vigueur depuis le 01/08/2011). Légifrance
      6. Centre hospitalier du Gers. Modèles de certificats de soins sans consentement (version n° 8), dont le « modèle de certificat médical initial dactylographié » sur décision du représentant de l'État : « en cas d'impossibilité matérielle, l'indiquer sur le certificat ». ch-gers.fr
      7. Code de la santé publique. Article L. 3222-1-1 (version en vigueur depuis le 30/09/2013). Légifrance
      8. Code de la santé publique. Article L. 3222-5-1 (version en vigueur depuis le 01/09/2024). Mots « ou une personne susceptible d'agir dans son intérêt » censurés par la décision n° 2024-1127 QPC du 5 mars 2025. Légifrance
      9. Société française de médecine d'urgence, commission RIS2Q. Parcours de soins dans les structures de médecine d'urgence des patients à présentation psychiatrique. Guide de bonnes pratiques. Texte validé le 16 janvier 2025. sfmu.org
      10. Contrôleur général des lieux de privation de liberté. Soins sans consentement et droits fondamentaux. Paris : Dalloz. cglpl.fr
      11. Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé, Haute Autorité de santé. Modalités de prise de décision concernant l'indication en urgence d'une hospitalisation sans consentement d'une personne présentant des troubles mentaux. Recommandations pour la pratique clinique. Avril 2005, mise à jour le 19 juillet 2006 ; antérieure à la loi du 5 juillet 2011 (critères cliniques repris, procédure caduque). has-sante.fr
      12. Chauvin A, Massoubre C, Gil-Jardine C, Sicot R, Le Conte P, Varin L, et al.. Recommandations de pratique clinique sur la prise en charge du patient adulte à présentation psychiatrique dans les structures d'urgences. Ann Fr Med Urgence. 2021;11(3):184-98. Version longue avec annexes : sfmu.org. doi:10.3166/afmu-2021-0321
      13. Code de la santé publique. Article L. 3211-2-1 (version en vigueur depuis le 14/05/2021). Légifrance
      14. Code de la santé publique. Article L. 3211-2 (version en vigueur depuis le 01/08/2011). Légifrance
      15. Cour de cassation, 1re chambre civile. 3 juin 2026, pourvoi n° 25-11.014 — qualité du tiers membre de la famille. Juricaf (texte intégral)
      16. Code de la santé publique. Article L. 3213-6 (version en vigueur depuis le 01/08/2011). Légifrance
      17. Code de la santé publique. Article L. 3213-4 (version en vigueur depuis le 30/09/2013). Légifrance
      18. Agence régionale de santé Hauts-de-France. Soins psychiatriques sans consentement : guide à l'attention des maires et des services communaux. hauts-de-france.ars.sante.fr
      19. Cour de cassation, 1re chambre civile. 13 novembre 2025, pourvoi n° 24-20.507 — médecin des urgences du même hôpital. Juricaf (texte intégral)
      20. Code de la santé publique. Article L. 3212-2 (version en vigueur depuis le 01/10/2020). Légifrance
      21. Code de la santé publique. Article R. 3212-1 (version en vigueur depuis le 01/08/2011). Légifrance
      22. Société française de médecine d'urgence. Conférence de consensus : l'agitation en urgence (petit enfant excepté). Recommandations du jury, texte court. JEUR. 2003;16:58-64.
      23. Fédération française de psychiatrie, Agence nationale d'accréditation et d'évaluation en santé. La crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge. Conférence de consensus. Validée le 22 novembre 2000. has-sante.fr
      24. Conseil d'État, 1re et 2e sous-sections réunies. 3 décembre 2003, Centre hospitalier spécialisé de Caen, n° 244867, publié au recueil Lebon (qualité du tiers sans lien de parenté). Juricaf
      25. Psycom. Le tiers et les soins psychiatriques sans consentement. Collection Droits en psychiatrie. Octobre 2024. psycom.org
      26. Contrôleur général des lieux de privation de liberté. L'effectivité des voies de recours en psychiatrie. Paris : Lefebvre Dalloz. Rapport du 11 décembre 2025 et dossier de presse. cglpl.fr
      27. ANSM. Résumé des caractéristiques du produit — RISPERDAL 1 mg/ml, solution buvable (rispéridone). Rubriques 4.1, 4.2 et 4.4. Mis à jour le 07/07/2016. agence-prd.ansm.sante.fr
      28. Cour de cassation, 1re chambre civile. 26 octobre 2022, pourvoi n° 20-22.827 — délais calculés d'heure à heure. Juricaf (texte intégral)
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      30. Code de la santé publique. Article L. 3211-2-3 (version en vigueur depuis le 28/01/2016). Légifrance
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      34. Code de la santé publique. Article L. 3212-3 (version en vigueur depuis le 01/10/2020). Légifrance
      35. Code de la santé publique. Article L. 3213-2 (version en vigueur depuis le 08/10/2011). Légifrance
      36. Code de la santé publique. Articles L. 3214-1 (version en vigueur depuis le 28/01/2016) et L. 3214-3 (depuis le 01/08/2011). L. 3214-1 · L. 3214-3
      37. Code de la santé publique. Article L. 3211-10 (version en vigueur depuis le 01/08/2011). Légifrance
      38. Code civil. Article 375-9 (version en vigueur depuis le 06/03/2007). Légifrance
      39. Cour de cassation, 1re chambre civile. 5 décembre 2019, pourvoi n° 19-22.930 — extériorité du médecin, péril imminent. Juricaf (texte intégral)
      40. Cour de cassation, 1re chambre civile. 11 juillet 2019, pourvoi n° 19-14.672 — structure du même établissement public, publié. Juricaf (texte intégral)
      41. Code de la santé publique. Article R. 6153-1-2. Version issue du décret n° 2022-1122 du 4 août 2022. Légifrance
      42. Code de la santé publique. Article L. 4131-2. Version issue de la loi n° 2019-774 du 24 juillet 2019. Légifrance
      43. Code de la santé publique. Article L. 3212-5 (version en vigueur depuis le 29/07/2026). Légifrance
      44. Code de la santé publique. Article R. 3211-12. Version issue du décret n° 2024-570 du 20 juin 2024. Légifrance
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